Les Mal Aimées, de Caroline Bréhat : l’inceste, un piège transgénérationnel

Les Mal Aimées, de Caroline Bréhat : l'inceste, un piège transgénérationnel

Tu sais, ma mère s’appelait Aimée. Aimée Lafosse. Ma grand-mère aussi portait ce prénom, elle s’appelait Louise-Aimée. Incidemment, c’est aussi mon deuxième prénom. Ma mère détestait ce prénom, sans doute parce qu’il résonnait comme une injonction impossible. Toute sa vie, elle a lutté pour mériter ce prénom, mais elle ne savait pas comment s’y prendre et a toujours été mal-aimée. Elle me disait toujours qu’il fallait inventer une boussole avec un cinquième point cardinal qui nous dirigerait vers les gens qui savent aimer, ceux qui aiment sans blesser, il m’a fallu du temps pour comprendre ce qu’elle voulait dire. J’aurais tellement voulu qu’elle la trouve, cette boussole. Peut-être alors aurais-je pu la transmettre à Apolline ?

Les liens transgénérationnels est un sujet qui m’intéresse beaucoup, particulièrement en ce moment, et particulièrement les histoires de lignées féminines. J’avais donc très envie de lire ce roman, malgré son thème très douloureux, l’inceste, et la manière dont, telle une malédiction, il semble se transmettre de mère en fille.

Une voix de femme pour toutes les femmes victimes. Une voix de femme, en prison pour avoir sauvé sa fille d’un père violent et incestueux, une femme qui malgré elle a reproduit un schéma familial, et autour de laquelle se tissent d’autres destins de femmes marqués par la violence.

Dire que ce roman m’a secouée serait un euphémisme : il a fait remonter en moi une espèce de colère millénaire, et des peurs aussi, une infinie tristesse, et l’interrogation : celle de ces lignées maternelles à guérir pour sortir de ce piège transgénérationnel. Disons que ce roman a fait remonter beaucoup de choses liées à cette violence, des choses qui ont un lien avec ce fameux Saturne sur mon Ascendant, et, parce que la vie est magique, pendant que je lisais ce roman, j’ai fait un rêve étrange que je n’ai compris que le lendemain, lorsque s’est produit un événement important et libérateur, surtout sur le plan symbolique : ce roman, qui secoue, qui n’est pas facile émotionnellement, est donc pour moi intimement lié à cette synchronicité. Et c’est important.

Mais c’est un roman qui n’est pas seulement glaçant : il l’est, mais il est aussi porté par la lumière, celle de l’amour. Le vrai. Celui qui nourrit. Qui soutient. Qui guérit. Qui permet de renaître, entier. Et c’est l’essentiel.

Les Mal-Aimées
Caroline BREHAT
Art3, 2021

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