Le plaisir effacé, de Catherine Malabou : clitoris et pensée

Le plaisir effacé, de Catherine Malabou : clitoris et pensée

Le clitoris est une pierre minuscule logée en secret dans la chaussure de l’imaginaire sexuel. La jeune Clitoris de la mythologie grecque, connue pour sa taille très fine, était dite mince « comme un caillou ». Longtemps caché, privé de nom, de représentation artistique, absent des traités de médecine, souvent ignoré des femmes elles-mêmes, le clitoris n’a eu durant des siècles qu’une existence de scrupule, au sens primitif du terme, ce grain qui gêne la marche et taraude l’esprit. L’étymologie hésitante du terme permet de situer sa morphologie entre la « colline » (kleitoris) et le « fermoir » (kleidos). Clitoris : ce petit secret renflé qui demeure, résiste, harcèle la conscience et blesse le talon, est celui d’un organe, le seul, qui ne sert qu’au plaisir — donc « à rien ». Le rien du tout, l’immense rien, le tout ou rien de la jouissance féminine.

Comment penser le clitoris, ce petit organe bien caché qui ne sert qu’à une chose : jouir ? Longtemps occulté, caché, effacé, et encore aujourd’hui parfois conçu avec méfiance, il est l’objet de querelles philosophiques, et c’est un point d’achoppement du féminisme. Et c’est à l’histoire de ces pensées du clitoris que s’intéresse Catherine Malabou dans cet essai.

Un essai ma foi fort stimulant sur ce petit bouton qui a le plus beau rôle du monde : donner du plaisir. Stimulant, car s’il est parfois complexe et que je n’ai pas toujours été d’accord, il nous apprend beaucoup de choses, notamment sur la pensée féministe ou même les pensées féministes, sur la philosophie, et nous permet de forger notre propre pensée. De mon côté, j’ai particulièrement été intéressée par les passages sur les nymphes (et d’ailleurs il y a dans le texte un très intéressant chapitre sur Nymphomaniac) parce qu’ils ont mis le doigt sur quelque chose d’inconscient dans mon roman, qui demande à être sorti de sa grotte et mis au jour (c’est ma thématique actuelle, d’ailleurs, ce travail de l’ombre).

Bref, c’est très intéressant, ça change des sujets philosophiques habituels, à conseiller donc !

Le Plaisir effacé. Clitoris et pensée
Catherine MALABOU
Rivages, 2020

Chez Stephie

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