Elle lit de la poésie

Tout me ramène à toi qui m’en semble écarter

Deux crocus amoureux

Toujours dans mon projet poétique. Il me faut un poème d’amour heureux (vous pouvez me donner vos idées d’ailleurs, surtout si le poème a été écrit par une femme) (ou : quelques vers), et j’ai quand même l’impression que ça ne court pas trop les recueils. Mais je suis retombée sur ce poème d’Aragon : je ne crois pas que ça sera lui parce que j’ai déjà un poème d’Aragon dans mon projet (encore qu’après rien n’est fixe) et qu’il ne correspond pas vraiment à ce que je cherche, mais j’avais tout de même envie de le partager, parce que j’aime beaucoup la manière dont l’amour se tisse avec la poésie (toujours, chez lui, me direz-vous, et c’est vrai, et c’est pour cela que j’aime tant ce poète — je précise : le poète). Et cela correspond parfaitement à mon humeur du moment.

La Constellation

Aucun mot n’est trop grand trop fou quand c’est pour elle
Je lui songe une robe en nuages filés
Et je rendrai jaloux les anges de ses ailes
          De ses bijoux les hirondelles
Sur la terre les fleurs se croiront exilées

Je tresserai mes vers de verre et de verveine
Je tisserai ma rime au métier de la fée
Et trouvère du vent je verserai la vaine
          Avoine verte de mes veines
Pour récolter la strophe et t’offrir ce trophée

Le poème grandit m’entraîne et tourbillonne
Ce Saint-Laurent pressent le Niagara voisin
Les cloches des noyés dans ses eaux carillonnent
          Comme un petit d’une lionne
Il m’arrache à la terre aux patients raisins

Voici le ciel pays de la louange énorme
C’est de tes belles mains que neige la clarté
Etoile mon étoile aux doigts de chloroforme
          Comment veux-tu que je m’endorme
Tout me ramène à toi qui m’en semble écarter

Et parlant de tes mains comment se peut-il faire
Que je n’en ai rien dit moi qui les aime tant
Tes mains que tant de fois les miennes réchauffèrent
          Du froid qu’il fait dans notre enfer
Primevères du cœur promesses du printemps

Tes merveilleuses mains à qui d’autres rêvèrent
Téméraires blancheurs oiseaux de paradis
Et que jalousement mes longs baisers révèrent
          Automne été printemps hiver
Tes mains que j’aime tant que je n’en ai rien dit

Le secret de ces mains au-delà de notre âge
Mènera les amants qui parleront de nous
Mais qu’est un beau soleil à qui n’a vu l’orage
          Sans le désert qu’est le mirage
On sait un pays grand lorsqu’il est à genoux

Louis Aragon, « Cantique à Elsa », Les Yeux d’Elsa

2 comments on “Tout me ramène à toi qui m’en semble écarter

  1. Des pistes de poèmes féminins peut-être à chercher là ?
    https://poetesses.blog4ever.com/poemes-d-amour-au-feminin

    J'aime

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