Elle lit des romans

Les roses fauves, de Carole Martinez : le cœur des femmes

Les roses fauves, de Carole Martinez : le cœur des femmes

Des cœurs interdits reposent derrière la porte-miroir, des coussins en forme de cœur dans lesquels les aïeules, sentant leur fin venir, ont glissé des dizaines de bouts de papier pliés où sont écrits leurs inavouables secrets. Chacune a bourré son petit ballot personnel de mots avant de le refermer à l’aiguille et de mourir légère […] Des cœurs de femmes battent dans la vieille armoire de Lola. Ils racontent une histoire qui a commencé il y a plus d’un siècle en Espagne, du côté de Málaga, là où la coutume voulait que les filles aînées héritent du cœur cousu de leur mère morte. 

Impossible de résister à la poésie de l’univers de Carole Martinez : ce roman faisait donc parti de mes désirs impérieux de rentrée littéraire.

C’est une tradition espagnole qui matérialise la lignée maternelle : chaque femme, à l’heure de sa mort, enferme des papiers sur lesquels elle a écrit ses secrets et son histoire dans un petit coussin en forme de cœur, dont hérite la fille aînée. C’est ainsi que Lola, la postière, a cinq cœurs enfermés dans son armoire. Hormis ces cœurs et les fleurs de son jardin, elle est seule, et se convainc qu’être seule la satisfait totalement. Mais peut-on vivre heureuse en ayant clôt son jardin ? Lola se pose la question, peut-être finalement est-elle passée à côté de quelque chose. Et c’est alors qu’elle s’interroge que surgit dans sa vie l’écrivaine, venue s’installer quelques temps dans le village attirée par une vieille photo…

Dès les premières lignes, j’ai été à la fois happée par la poésie infinie de Carole Martinez, et par les synchronicités folles de ce roman qui vient en quelque sorte conclure mes recherches de ces dernières années. La question est de savoir si les secrets de nos ancêtres, ici matérialisés par les coeurs, peuvent avoir une influence sur nos vies, et la réponse est bien évidemment oui. Lola porte sur ses épaules ces secrets, transformés en malédictions, elle est boiteuse et toute sa vie a subi harcèlement et moqueries. La boiteuse est une figure de sorcière, de femme sauvage et elle s’est murée pour se protéger. Mais ça finit par craquer, les cœurs cousus qui laissent s’échapper leurs petits papiers, et la conscience de Lola : c’est ce moment où on ouvre les yeux et qu’on découvre que tout ce sur quoi on a construit sa vie n’était qu’une illusion, qu’on se croit heureux mais qu’on n’a fait que se mentir pour se protéger, qu’on s’est verrouillé émotionnellement. Qu’on est devenue une forteresse, et qu’on a envie d’être assiégée.

Alors l’amour, l’amour éternel, le désir, le sexe : lorsque le jardin clos est envahi par des roses au parfum puissant et qu’un cavalier y pénètre par une brèche : la puissance évocatrice des métaphores, la sensualité bouleversante avec laquelle Carole Martinez parle de cette pulsion de vie, de l’amour qui est cette énergie qui dépasse tout, même la mort : tout cela m’a totalement enchantée, bien évidemment, tout comme ce que dit Carole Martinez de l’écriture et dont la manière dont l’histoire qui veut être écrite nous hante.

Roman teinté de réalisme magique, conte merveilleux : ces Roses Fauves m’ont totalement subjuguée !

Les Roses Fauves
Carole MARTINEZ
Gallimard, 2020

10 comments on “Les roses fauves, de Carole Martinez : le cœur des femmes

  1. Tout à fait d’accord ! Enchantement, pulsion de bien, sensualité, magie et écriture tous ces thèmes dans un seul roman, quelle performance !

    Aimé par 1 personne

  2. Il est sur ma liste, tu achèves de me convaincre.

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  3. Ping : Tag des copines et des copains (Septembre 2020) – aliehobbies

  4. Je n’ai pas su finir (pour l’instant) le précédent roman de Carole Martinez, femme que j’apprécie tant pourtant. Donc je ne pense pas me lancer dans celui-ci.

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  5. Je ne savais trop quoi penser de cette sortie et tu es plutôt rassurante. Ce roman a tout pour me plaire…

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  6. Ping : La blogo vous conseille… ou les derniers coups de coeur du web #16 – Les lectures d'Antigone

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