Elle se réfléchit dans le miroir

Courbes, ronds, ballons, bulles…

Courbes, ronds, ballons, bulles...

Dimanche matin, je me suis rendu compte qu’en ce moment, je n’arrêtais de peindre des trucs ronds : des pleines lunes bien sûr puisque c’est un de mes sujets principaux, mais aussi des mandalas, des galets, des routes en courbes, des lettres rondouillettes, des feuilles de pilea et des pétales de fleurs bien arrondis. Ce qui est bien, avec le dessin, c’est que les motifs récurrents sont plus évidents qu’avec l’écriture (d’où l’intérêt d’ailleurs, nous y reviendrons), et que lorsque quelque chose devient récurrent, c’est intéressant de creuser.

Et j’ai tout de suite compris qu’il était question de sécurité. De protection. Se construire une bulle dans laquelle on est à l’abri. Je n’ai rien inventé : le rond est sécurisant. Enveloppant. Et, en ce moment, j’ai besoin de quelque chose de sécurisant, une bulle qui me protège tout en me permettant d’avancer.

De fait, j’ai beaucoup de mal à me sentir à l’aise à l’extérieur en temps normal : ça a toujours été, puisque, je le rappelle, j’ai ce sentiment constant d’être une extra-terrestre, et depuis mon voyage à Milan, je me réveille souvent le matin avec un vague sentiment d’angoisse et d’oppression. Je ne sais pas pourquoi d’ailleurs ça a commencé à Milan, il ne s’est rien passé d’angoissant à Milan, au contraire, j’ai adoré ce voyage (puisque, quand même, j’en sors, de ma bulle), mais j’avais une vague inquiétude, un pressentiment que l’année suivante ça ne serait pas pareil (bon, j’avais raison). Alors, il passe très vite, ce sentiment (enfin, en général, et quand il ne passe pas de fait il se produit un truc, pas toujours négatif d’ailleurs mais déséquilibrant on va dire), mais c’est comme si, chaque matin, j’étais expulsée dans le monde réel et qu’il me fallait un temps d’adaptation de plus en plus long. Je suis hyperonirique, les rêves ont donc une grande importance dans ma vie, et en ce moment ils me paraissent non seulement plus intéressants que la vraie vie, mais aussi plus réels. Il me faut donc, chaque matin, réapprivoiser le monde. Ou plutôt : reprendre conscience que je suis dans le monde, le monde matériel, où je ne peux ni voler ni imposer ma volonté à mon environnement. Ce qui est bien dommage, d’ailleurs (je l’ai déjà dit qu’une nuit j’avais rêvé que j’étais dieu, enfin la déesse du coup ?).

Et bien sûr, en ce moment, c’est compliqué. Je n’ai qu’une envie : rester chez moi, et j’y reste autant que je peux. En même temps, l’Univers est facétieux sur ce coup : j’ai toujours eu une impression de séparation entre moi et le monde, vous imaginez donc avec le masque, j’ai l’impression de ne plus du tout en faire partie, de l’observer de l’extérieur, et comme à Orléans un crétin a décidé qu’il fallait le porter partout même seul dans un parc, je ne sors plus que lorsque c’est strictement nécessaire (et ça l’est malheureusement beaucoup). C’est un peu dommage vu que l’été se prolonge et que je rêve de me balader longuement dans un parc, mais tant pis : si je sors me promener, c’est pour que ce soit agréable, pas un pensum : je suis animale, et les odeurs me manquent, je ne me vois pas me promener sans sentir l’air sur mon visage et l’odeur des fleurs.

Alors c’est comme si on était déjà dans les saisons intérieures. La retraite en soi, dans cet espace sécurisé du cocon où on peut grandir.

Et je crois que les ronds, c’est ça : une histoire de bulle dans laquelle je me sens en sécurité et où je peux me promener. Ma vraie bulle, c’est quand j’écris. Quand je peins. Ma bulle, c’est ma maison aussi, mon foyer et plus que jamais je sais que je suis faite pour travailler de chez moi, en indépendante. Parce que, pour pouvoir prendre des risques (et je sais que je vais devoir prendre des risques sur plusieurs plans dans les mois qui viennent), il faut être arrimé solidement à quelque chose qui nous fait sentir, malgré tout, en sécurité.

Et ma bulle, ce sont aussi deux grands yeux bleus. C’est rond, des yeux… et avec ces yeux-là, je pourrai affronter le monde !

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