Elle se réfléchit dans le miroir

Masqué, démasqué…

Masqué, démasqué...

Quelle histoire, ces masques ! C’est le truc dont on ne cesse d’entendre parler ces derniers jours, tout le monde fait une fixette dessus c’est impressionnant.

Mais non, je ne vais pas vous parler de ces histoires de pénurie, de où trouver un masque et comment. Ce qui m’intéresse, c’est la valeur symbolique que je trouve une nouvelle fois absolument passionnante.

Le confinement, en tant que parenthèse nous ayant permis de faire face à nous même, nous a mis à nu. Telle Inanna (pas ma voiture, la vraie déesse) descendant aux Enfers et se défaisant de ses atours de pouvoir, nous nous sommes (plus ou moins) défaits de nos attachements, de nos apparences, de nos faux-self pour entrer dans une certaine authenticité et intégrité. Oui, nous avons enlevé nos masques, qui parfois tenaient très forts à notre visage, comme collés à la glu. C’est pour cela que c’est si difficile pour certains d’entre nous (j’ai fait des recherches : je ne suis pas la seule et de loin) d’imaginer revenir dans une vie de mensonge, dans laquelle nous jouons un rôle qui ne nous convient pas. D’imaginer continuer à faire semblant, et remettre un masque.

Le confinement, en nous secouant, en nous confrontant, en nous empêchant de nous fuir nous-même, nous a démasqués. Combien de gens ont découvert au fond d’eux, bien caché, qu’ils aimaient rester tranquillement chez eux le soir plutôt que de courir sans cesse d’un apéro à un autre ? Qu’en fait ils détestaient la ville et voulaient vivre un peu plus dans la nature ? Que cuisiner est une activité gratifiante et sympa ? Qu’ils pouvaient tout à fait se passer de tous ces trucs qu’ils achètent à longueur de journée ? Combien au contraire ont découvert qu’en fait ils n’aimaient plus leur conjoint, qu’ils détestaient leur vie etc. ?

Bien sûr, certains vont (dans un premier temps et en apparence : la graine est semée, elle va pousser) enfouir tout ça à nouveau bien profondément, faire comme s’ils n’avaient pas vu, remettre leur masque et reprendre la vie telle qu’elle était avant en s’offrant par exemple un peu de shopping. Mais d’autres vont avoir un peu de mal, et quand je dis ça c’est un euphémisme. Parfois ce n’est pas très beau à voir, ce qu’il y avait sous le masque, et il y a tout un tas de cicatrices purulentes à soigner. Mais parfois c’est un trésor, qu’on n’a plus envie de cacher : on n’a plus envie de faire semblant d’être qui on n’est pas pour faire plaisir aux autres, pour être aimé, pour ne pas être rejeté, pour « entrer dans le moule » alors que notre trésor c’est justement de déborder du moule. Bah  non, on n’a plus envie. On refuse de continuer à porter un masque.

Et regardez cette coquine de vie, ce qu’elle fait : elle nous oblige quand même à en porter un, de masque, pour sortir. Comme une espèce de transition, pour ne pas que ces gens qui sortent dans la rue comme ça, nus et authentiques, ça soit trop effrayant. Un masque matériel pour remplacer un masque symbolique. Un qui nous gêne tout de même un peu, désagréable, qui empêche globalement de respirer, de parler, de voir les expressions du visage, mais qui est tout de même indispensable. Un qu’on ne peut pas oublier, mais qu’on peut enlever facilement pour respirer : histoire de nous rappeler que le masque qui tenait le plus fortement à nous, et qui nous empêchait de vivre, on a réussi à l’enlever, qu’on est fort, et qu’on est quand même mieux sans masque — et bientôt, tout le monde pourra enlever le sien !

7 comments on “Masqué, démasqué…

  1. Mark in Mayenne

    You are the third blogger that I read, who has quite independently broached this subject. The daily grind, the cost of modern lifestyle, and also, for parents, (especially in the UK and USA) the crap their kids are learning at school, plus the benefits of one parent at home, and of home schooling. Serious consideration is being given by many people, to the possibility of a profound change in lifestyle.

    Sorry about the English, but my keyboard has no accents

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  2. C’est vrai que ce masque pour sortir c’est quand même une sacrée contrainte !
    Après, je ne sais pas si le confinement m’a fait « tomber le masque »… Disons que j’ai été très irritable pendant cette période et parfois en colère pour des petits riens. Sûrement parce que ce confinement m’a privé de soupapes pour me régénérer. Donc je devrais me poser la question suivante: suis-je vraiment à ma place dans le poste que j’occupe ? À quoi j’aspire vraiment ? Au fond de moi je le sais. Mais difficile à mettre en œuvre…
    Bon courage pour les semaines à venir.

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  3. Je suis assez fasciné par les Masques du carnaval de Venise, où j’étais cette année, juste avant qu’il soit écourté en raison du débit de l’épidémie en Italie. Le fait de ne voir que les yeux sur un visage , que ce soit le seul mouvement me fascine assez. Avec les masques sur l’on doit porter dans la rue enfin plutôt que l’on conseille de porter dans la rue, on ne voit aussi que les yeux de la personne. Et du coup, peut-être que pour une fois, on va se regarder dans les yeux dans les rues au lieu de baisser tout de suite le regard.
    Quant à tomber les masques…je ne sais pas, je n’y crois qu’un peu…

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  4. Ping : Se (re)trouver – Cultur'elle

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