Elle lit des récits et chroniques

Cet amour-là, de Yann Andréa : une histoire de l’amour

Cet amour-là, de Yann Andréa : une histoire de l'amour

J’ai toujours une difficulté à dire le mot. Je ne pouvais pas dire son nom. Sauf l’écrire. Je n’ai jamais pu la tutoyer. Parfois elle aurait aimé. Que je la tutoie, que je l’appelle par son prénom. Ça ne sortait pas de ma bouche, je ne pouvais pas. Je me débrouillais pour ne pas avoir à prononcer le mot. Pour elle c’était une souffrance, je le savais, je le voyais, et cependant je ne pouvais pas passer outre. Je crois que c’est arrivé deux ou trois fois, par inadvertance, je l’ai tutoyée. Et je vois son sourire. L’enfance. Une joie parfaite. Que je me sois laissé aller à cette proximité.

L’autre jour, en cherchant autre chose dans ma bibliothèque (un truc qui a d’ailleurs mystérieusement disparu), je suis retombée sur ce texte que j’avais lu il y a longtemps, à sa sortie (c’était l’année où j’ai participé au Grand Prix des lectrices de Elle) ; et j’ai eu envie de le relire : une impulsion, un élan.

Yann Andréa est le dernier amour de Marguerite Duras. D’abord, il est un de ses lecteurs : du jour où il l’a découverte, il n’a plus lu que ça. S’ensuit un échange épistolaire. Et puis, à l’été 80, il la rejoint et ils ne se quittent plus, jusqu’à ce que la mort, celle de Duras le 3 mars 1996, les sépare. Un amour peu commun, étrange que raconte ici Yann Andréa.

L’écriture de Yann Andréa est tellement durassienne que l’on croirait lire du Duras, ce qui ne laisse pas d’être troublant, surtout lorsque, parfois, les voix se mêlent et que c’est elle qui parle ; troublant mais pas étonnant : Duras apparaît ici comme un vampire, à la fois une enfant qui a besoin qu’on s’occupe d’elle et un tyran. Elle est prise sur le déclin, ce moment où la vie s’épuise d’avoir trop donné : Vous mourez d’épuisement, vous mourez morte d’avoir trop regardé le monde. Le visage de Balthazar. Morte d’avoir trop bu, whisky, vin rouge, vin blanc, toutes les sortes d’alcools, d’avoir trop fumé, trop de paquets de Gitanes sans filtre, morte d’avoir trop aimé, les amants, toutes sortes d’amants, trop de tentatives d’amour, de l’amour entier, mortel justement. 

Si le texte est obsédé par la mort de Duras, autour de laquelle il tourne et ne cesse de revenir, c’est qu’il s’agit ici d’une tentative un peu magique de rétablir le dialogue interrompu et d’apprivoiser l’absence. Par l’écriture, puisqu’il n’y a que ça.

Cela donne un texte touchant, forcément, même s’il reste difficile de comprendre cette histoire bizarre et fascinante. Un texte aux nombreuses fulgurances. Aimer, écrire. Et en le lisant j’ai souvent pensé à cette tombe au cimetière du Montparnasse, dont parle Yann Andréa et où ils sont aujourd’hui tous les deux :

Cet amour-là
Yann ANDRÉA
Pauvert, 1999

3 comments on “Cet amour-là, de Yann Andréa : une histoire de l’amour

  1. Merci Caroline d’avoir attiré notre attention sur ce très beau texte – dont j’ai pour ma part cité de larges extraits dans mon roman « Lesbian Cougar Story » paru en janvier à La Musardine.

    Aimé par 1 personne

  2. Mais est-il facile à lire et à suivre ce livre, que leur histoire soit compliquée c’est possible mais il faut pouvoir suivre ce qu’il raconte. Il pourrait me plaire ce livre-là !

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