Elle se fait des films

Breizh erotik de Roland Thépot : les mots pour le dire

Breizh erotik de Roland Thépot : les mots pour le dire

Je vous avais déjà brièvement parlé de ce documentaire il y a quelque temps, mais j’avais envie d’approfondir un peu la question tant le sujet est complexe.

Goulwena An Hénaff aime parler le breton. Mais il lui manque des mots dans cette langue, ceux qui font rougir, parce qu’à première vue, en Bretagne, ça ne se fait pas de parler de sexe et d’érotisme. Elle est pourtant certaine que ces mots existent, et que de sexe, on en parle.

Tout le film est donc cette recherche des mots qui manquent. A l’origine, cette pudeur de la Bretagne, plus qu’ailleurs : plusieurs témoignages viennent confirmer cette idée que, dans les familles bretonnes, on ne se touche pas, et qu’on ne se dit pas « je t’aime », ce qui ne veut pas dire qu’on aime moins, mais simplement qu’il manque un truc, un lien avec les émotions. C’est ce constat surtout qui m’a personnellement intéressée : je suis très tactile, mais par contre je n’arrive absolument pas à verbaliser mes émotions, et dire « je t’aime » est un peu le challenge ultime de ma vie. C’est un peu ennuyeux pour un écrivain, d’avoir autant de mal avec les mots, je sais, c’est presque une faute professionnelle. Bon.

Alors, partons à la chasse aux mots crus. Dans cette quête, on rencontre la revue Yod Kerc’h, sorte de Charlie Hebdo breton dont les contributeurs se sont eux aussi heurtés à l’absence de vocabulaire pour dire ce qu’ils voulaient dire, et qui ont mené des recherches pour les retrouver, constatant que les chansons paillardes ont existé ici comme ailleurs, mais qu’elles n’ont pas été conservées ; constatant, aussi, que beaucoup de choses en Bretagne, les coquillages, les rochers, ont un nom lié au sexe. On rencontre aussi la traductrice des Monologues du vaginqui a trouvé également que des mots lui manquaient pour traduire des choses crues dans une langue qui utilise surtout métaphores et euphémismes ou passe au français pour désigner certaines réalités. La chanteuse Nolwenn Korbell, qui s’est heurtée à la pudeur liée au corps lorsqu’elle a posé nue pour la pochette de son album alors que, dit-elle, un corps nu, il n’y a rien de nouveau. Et bien d’autres témoignages.

Pourquoi ces réticences ? Et comment dépasser les tabous ? Centré sur la Bretagne et sa langue, le documentaire a pourtant quelque chose d’à la fois universel, et intime, car nous avons tous nos mots interdits, et le chemin emprunté nous permet quelque part de trouver nos propres réponses…

Breizh Erotik
Roland THEPOT
2011

En partenariat avec KUB

1 comment on “Breizh erotik de Roland Thépot : les mots pour le dire

  1. Il doit être intéressant ce documentaire quand on aime la Bretagne. La nudité c’est toute une histoire…on la confond souvent avec le porno alors pas facile de faire baisser les tabous.

    Aimé par 1 personne

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