Elle lit des essais

Quand Dieu était femme de Merlin Stone : ce féminin sacré qu’on a voulu abattre

Quand Dieu était femme de Merlin Stone : ce féminin sacré qu'on a voulu abattre

Je forme le vœu cependant qu’une connaissance actuelle du culte rendu autrefois à la Déesse, Créatrice de l’Univers, Source de la vie et de la civilisation, puisse servir à briser les nombreuses images patriarcales qui fondent notre oppression et qui sont à l’origine des stéréotypes, des coutumes et des lois créés de toutes pièces par les pères des religions mâles, en réaction au culte de la Déesse. Comme je l’expliquerai par la suite, les inventions idéologiques des apôtres des nouveaux dieux, destinées à supprimer l’ancien culte, nous sont encore imposées aujourd’hui à travers l’éducation, le droit, la littérature, l’économie, la philosophie, la psychanalyse, les média et l’ensemble des coutumes en général et elles atteignent même les personnes les moins religieuses. 
Ce texte ne prétend pas être un ouvrage savant d’histoire ou d’archéologie. C’est plutôt une invitation lancée à toutes les femmes pour rechercher ensemble notre véritable identité, en commençant par connaître l’héritage de notre passé, c’est-à-dire bien plus qu’un fragment brisé et enterré de la culture mâle. Nous devons écarter l’aura de mystère qui entoure l’étude de l’archéologie et des religions anciennes et commencer à explorer le passé pour notre propre compte au lieu de rester dépendantes des intérêts, interprétations, opinions et déclarations que l’on nous a présentés jusqu’à maintenant.

Je poursuis mes recherches sur le féminin sacré, et j’ai eu envie, avant de me plonger dans de nouvelles lectures, de revenir à la base, avec cet essai fondamental que j’avais étudié pour ma thèse (qu’il faudra que je ressorte d’ailleurs car j’ai écrit un chapitre intéressant sur le sujet). Autant vous prévenir d’emblée : si le sujet vous intéresse, vous aurez toutes les peines du monde à le trouver en français puisqu’il est épuisé et que les rares exemplaires que l’on trouve d’occasion ne sont pas donnés ; c’était d’ailleurs le cas à l’époque où je l’ai acheté (enfin on le trouve facilement en PDF, cela dit). Mais je tenais tout de même à vous en parler, car il me semble véritablement essentiel sur le sujet.

Merlin Stone montre dans cet essai comment, avant l’invention du mythe d’Adam et Eve qui a scellé, dans la société et dans l’inconscient collectif, la soumission des femmes aux hommes, c’était la femme qui était considérée comme à l’origine de la création, et vénérée comme telle en tant que Grande Déesse Mère aux multiples noms. Une religion féminine, qui a été victime de répression, de persécutions, et dont on a voulu éliminer jusqu’au souvenir — mais dont on peut retrouver la trace si on cherche bien.

Ce qui est fascinant dans cet ouvrage riche et solidement argumenté, c’est qu’il oblige à un pas de côté par rapport à notre vision du monde, et qu’on se rend compte que même si on est résolument réfractaire au discours des religions monothéistes patriarcales, on a été malgré soi influencé : par exemple, il est intéressant de constater que dans certaines cultures, « soleil » est féminin ; de même, le serpent, dont a voulu — et réussi — à faire un symbole du mal en même temps qu’un symbole phallique est au contraire un animal lié à la Déesse dont il est le serviteur (ce qui oblige, peut-être, à réévaluer les rêves de serpents que font les femmes parfois).

Il est dès lors intéressant de voir comment « on » a occulté toute une part de l’histoire religieuse de l’humanité, celle où la divinité suprême était la Grande Déesse, et le dieu mâle son subordonné ; et on comprend pourquoi : ces cultes étaient liés à des civilisations matrilinéaires, voire matriarcales (les femmes dirigeaient, les hommes restaient à la maison et obéissaient) qui ont été éradiquées (et effacées) par des peuples belliqueux et agressifs ayant imposé de force le culte d’un dieu mâle et une société patriarcales où les femmes n’ont plus aucun droit. On voit bien du coup comment le discours théologique est support de l’idéologie politique.

Les passages les plus intéressants (tout l’est, mais en particulier ceux-là) sont ceux qui concernent les cultes sexuels et le mariage sacré, largement caricaturés, et les raisons pour lesquelles les religions patriarcales reposent sur la répression de la sexualité (ce qui fait du mal à tout le monde, hommes comme femmes). Et comment toutes les femmes qui ont voulu s’appartenir et ont refusé d’être la propriété d’un homme ont été considérées comme des prostituées.

Cet essai, c’est donc l’histoire de tout ce que l’on a fait à la puissance féminine et au féminin sacré pendant des siècles, et qui a globalement fonctionné — c’est pour cela d’ailleurs que le monde ne tourne pas rond. Fort heureusement, cet essai, paru pour la première fois en 1976 sous le titre Paradise Papers, marque un tournant, et est pris dans un élan de reconquête par les femmes de leur autonomie et de leur sexualité, du féminin sacré. Pour le bien de tous, hommes comme femmes.

Quand Dieu était femme
Merlin STONE
L’Etincelle, 1978/1989

6 comments on “Quand Dieu était femme de Merlin Stone : ce féminin sacré qu’on a voulu abattre

  1. « L’histoire de tout ce que l’on a fait à la puissance féminine et au féminin sacré pendant des siècles, et qui a globalement fonctionné — c’est pour cela d’ailleurs que le monde ne tourne pas rond » = très juste. C’est pour cela qu’il faut lutter contre le système patriarcal.

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Le Nouveau féminin sacré, de Meghan Don : rassembler les archétypes du féminin – Cultur'elle

  3. Ping : Druideesse. Recettes. Remèdes. Rituels. S’éveiller doucement au féminin sauvage – Cultur'elle

  4. fonvielle

    Juste un petit mot pour dire que si la civilisation matriarcale a complètement été éradiquée, il n’en demeure pas moins qu’il existe encore aujourd’hui une société matriarcale dans notre monde. Ce sont les moso. J’ai d’ailleurs écrit une pièce de théâtre à ce sujet, dont le sujet est justement de faire venir un peu de cette société dans la nôtre, et des incompréhensions qui en découlent, même en la personne de la femme elle-même. La pièce n’a pas trouvé d’éditeur pour publication. Soit c’est mauvais, soit c’est politiquement incorrect.

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