Elle lit des essais

Le crâne de mon ami, les plus belles amitiés d’écrivains d’Anne Boquel et Etienne Kern : une même âme en deux corps

Le crâne de mon ami, les plus belles amitiés d'écrivains d'Anne Boquel et Etienne Kern : une même âme en deux corps

Car la vie littéraire ne se réduit pas aux coups bas, aux règlements de comptes, aux noms d’oiseaux, à tout ce qui fait qu’Horace déjà, il y a deux mille ans, se désolait devant « la race irritable des poètes ». La vie littéraire, c’est aussi Tolstoï et Tourgueniev qu’on surprend un jour à jouer à la balançoire ; Edith Wharton qui demande à son éditeur de verser ses droits d’auteur sur le compte bancaire d’Henry James ; Pasternak qui, jusqu’à sa mort, conserve sur lui, pliée dans son portefeuille, une lettre que Rilke lui a envoyée trente-quatre ans plus tôt ; George Sand qui prend le ton d’un enfant pour amuser Flaubert : « Pourquoi je t’aime plus que la plupart des autres ? »
C’est aussi Goethe qui, très âgé, cache dans sa bibliothèque une relique sacrée : le crâne de son ami Schiller. 

Plutôt que de se focaliser sur ce qui ne va pas, la méchanceté, la haine, la jalousie et autres sentiments négatifs, concentrons-nous plutôt sur les émotions positives. Et changeons un peu : plutôt que de parler d’amour, parlons, en cette veille de Noël, d’amitié, qui est du reste une forme d’amour. Et, plus spécifiquement, d’amitiés entre écrivains.

Evidemment, on pense à Montaigne et La Boétie dès qu’on aborde ce sujet, mais les treize histoires choisies pour cet essai sont beaucoup plus récentes, pour des questions de source : Goethe et Schiller, Wordsworth et Coleridge, Hugo et Dumas, Tourgueniev et Tolstoï, Flaubert et Sand, James et Stevenson, Woolf et Mansfield, Cocteau et Radiguet, Char et Eluard, Senghor et Césaire, Mishima et Kawabata, Kerouac et Ginsberg, Vargas Llosa et Garcia Marquez.

Passionnant, fourmillant d’anecdotes, cet ouvrage donne à voir les écrivains tels qu’on ne les connaît pas toujours, à découvrir une nouvelle face de leur personnalité, parfois à les découvrir tout court. Alors, ce n’est pas toujours facile, les amitiés d’écrivains (cela dit, l’amitié comme l’amour n’est pas toujours facile), parfois s’y mêlent des questions d’égo, des problèmes de rivalité, des désaccords politiques, surgissent aussi des brouilles provisoires ou définitives. Mais parfois aussi ces amitiés sont fécondes littérairement, la rivalité fait place à l’émulation, voire à la collaboration.

Treize belles histoires donc, très différentes les unes des autres et qui nous apprennent beaucoup de choses. Un parfait cadeau de Noël de dernière minute pour un ami !

Le crâne de mon ami, les plus belles amitiés d’écrivains
Anne BOQUEL et Etienne KERN
payot, 2018

1 comment on “Le crâne de mon ami, les plus belles amitiés d’écrivains d’Anne Boquel et Etienne Kern : une même âme en deux corps

  1. Je l’ai vu en librairie, intéressant, peut-être un peu trop de classiques pour moi…

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