Les petits oiseaux. Erotica II d’Anaïs Nin : l’érotisme comme découverte de soi

Les petits oiseaux. Erotica II d'Anaïs Nin : l'érotisme comme découverte de soi

Les femmes qui exposent sans complexe leur sensualité, qui laissent lire leur sexe sur leur visage, qui éveillent chez l’homme le désir de les posséder sur-le-champ ; les femmes pour qui les vêtements ne sont qu’un moyen de mettre en valeur leurs formes, comme ces femmes qui portent des tournures pour faire ressortir leur derrière ou celles qui portent des corsets pour qu’on voie leurs seins dans leurs décolletés ; les femmes qui vous jettent leur sexe à la figure, depuis leurs cheveux jusqu’à leurs yeux, leur nez, leur bouche, tout leur corps — voilà les femmes que j’aime.

Je poursuis sérieusement ma découverte des œuvres complètes d’Anaïs Nin, qui à chaque fois me bouleversent, non seulement parce que j’ai l’impression de m’y lire et me retrouve totalement dans certains des personnages féminins, mais aussi, tout simplement parce qu’en la lisant je me dis que c’est exactement ça que je veux faire en écrivant de la littérature érotique. Bref. Erotica II est la suite de Vénus Erotica, et Anaïs Nin y poursuit son exploration de l’érotisme comme clé d’accès à soi : L’érotisme est une base de la connaissance de soi aussi indispensable que la poésie dit-elle je ne sais plus où.

Treize nouvelles composent ce recueil. Un peintre qui achète des oiseaux. Un homme qui se promène au clair de Lune. Deux sœurs. Une femme à la fois prude et débordante de sensualité. Une confession. Un homme amoureux d’une femme qui ressemble à un tableau de Goya. Une jeune fille ignorante du sexe qui devient modèle. Une femme qui voudrait ne pas être obligée de prendre les choses en main. Un peintre fasciné par son modèle. Un souvenir du Brésil qui éveille l’imaginaire d’une jeune femme. Une femme que son mari n’arrive pas à déflorer. Mary, qui malgré une activité sexuelle débordante attend l’homme qui l’éveillera au plaisir — ou la femme. Une jeune fugueuse qui veut découvrir les hommes.

Anaïs Nin n’a aucun tabou, et à notre époque cela peut parfois être dérangeant, lorsque les personnages féminins notamment sont très jeunes. Mais évidemment, sous sa plume d’une poésie rare et bouleversante, tout a du sens. L’érotisme est ici à son paroxysme, comme voie d’exploration du monde, comme matrice pour l’habiter. Pour beaucoup de ces personnages, il s’agit d’une initiation : le sexe est libération, épanouissement, découverte de soi et de sa puissance, métamorphose, prise de conscience de son corps dans une société qui tend à l’effacer — et d’ailleurs beaucoup de textes ont pour thème la peinture et les relations esthétiques et charnelles entre le peintre et son modèle. Dans ces textes, la femme s’épanouit comme une fleur qui s’ouvre au soleil.

La littérature érotique était pour Anaïs Nin un moyen de gagner sa vie. Mais il est évident qu’elle était faite pour écrire ça : ces textes (à part le premier, la nouvelle titre, qui m’a mise mal à l’aise) sont d’une beauté et d’une sensualité absolue — habités par quelque chose de l’ordre d’un paganisme solaire très troublant !

Les Petits oiseaux. Erotica II
Anaïs NIN
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Béatrice Commengé
Stock, 1980 (LP, 1982)

La semaine sans complexe, sur une idée originale de Stephie

2 réponses sur « Les petits oiseaux. Erotica II d’Anaïs Nin : l’érotisme comme découverte de soi »

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