Le monde est une forêt de symboles

En promenade

L’autre jour, je vous racontais ce rêve étrange et pénétrant que j’avais fait lorsque j’étais adolescente, et qui je crois exprime tout mon être et ma manière d’habiter le monde : j’apprenais que je venais d’une autre planète, ce qui expliquait beaucoup de choses et j’entreprenais de rejoindre les miens, c’était un long voyage, et à un moment je traversais une forêt, en me disant « Ah, c’est une forêt de symboles ».

Depuis toujours, je suis fascinée (et assaillie) par ce que Jung appelle les synchronicités, et que d’autres se contentent de nommer hasards ou coïncidences (parfois troublantes). Mais synchronicités, cela implique une signification. Pour Jung, il s’agit donc de l’occurrence simultanée d’au moins deux événements qui ne présentent pas de lien de causalité, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les perçoit. Et tout l’enjeu est là : prendre sens. 

Vous pensez à quelqu’un, et cette personne vous appelle ; vous êtes mélancolique, vous allumez la radio, et vous tombez sur une chanson qui vous rappelle un joli souvenir. En ce moment, je trouve beaucoup de synchronicités dans ce que je lis : les romans que j’ouvre innocemment parce que je ne sais pas exactement de quoi ils vont parler abordent toujours le point précis qui me préoccupe. L’autre jour, par exemple je réfléchissais à cette question de l’écriture, qui vise à donner à la vie une cohérence qu’elle n’a pas, je brode autour, et je me dis qu’il faudrait que je retrouve cette citation de Camus qui l’explique, mais j’ai un peu la flemme, alors je repousse au lendemain. Je prends le roman qui était sur le dessus de la pile, c’était Un écrivain, de Laure Arcelin. Je l’ouvre, et en exergue, je tombe sur la citation de Camus. Le jour où est paru l’article dont je parlais plus haut, j’ouvre Ce soir la Lune était rondeet je tombe sur un personnage qui explique qu’enfant elle rêvait qu’elle était une extra-terrestre…

Et c’est comme ça tous les jours. Sans doute aussi parce que, déformation poétique, j’y suis attentive : j’écris, aussi, parce que je ne supporte pas que le réel n’ait pas de cohérence, pas de sens, et il faut que tout ait une raison d’être. Alors je suis attentive aux signes et aux synchronicités, même si dans les faits ils ne me mènent nulle part (mais je m’en ressers dans mes textes, et là ils mènent où ils doivent). Depuis toujours, par exemple, je ne cesse d’être assaillie par les signes convergeant vers un certain endroit. C’est à la limite du harcèlement. Je ne sais pas trop quoi en faire dans ma vie. Dans mon premier roman si.

Et qu’importe. Signes, synchronicités, hasards ou coïncidences, l’essentiel est que les voir, c’est aussi une manière poétique d’habiter le monde. Comme disait Lewis Caroll, si le monde n’a aucun sens, qu’est-ce qui nous empêche d’en inventer un ?

L’autre jour, j’étais triste, et j’étais en train de mettre sur un blog un commentaire où j’expliquais ce qui me traversait à ce moment-là. Et à l’instant où je vais cliquer sur « publier », une pie a toqué au carreau. Je me suis dit qu’elle me faisait coucou pour me faire sourire.

Jeudi soir, j’étais (à nouveau) triste. J’ai regardé dehors, et la Lune était entourée d’un magnifique halo. Un spectacle assez rare, qui ne dure pas très longtemps, il faut tomber au bon moment pour en profiter. Bien sûr, ce phénomène a une explication tout à fait scientifique. Mais voilà, j’étais triste, j’ai regardé dehors à ce moment-là, c’était beau, alors je me suis dit que la Lune essayait de me consoler. J’étais toujours triste, mais ça m’a mis un peu de baume au cœur…

5 réponses sur « Le monde est une forêt de symboles »

  1. Pierre

    Bel article.
    Les synchronicités sont effectivement fascinantes. On pourrait se croire dans une matrice où l’ordinateur central nous envoie de petits signaux d’encouragements. « Vous approchez du but, continuez ! », « Ne désespérez pas, le bonheur va bientôt arriver… »
    Arriver à les voir est déjà bon signe.

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  2. Venus

    Très bel article et qui me touche tu ne sais comment, car je le sens tellement en résonnance avec ma façon d’approcher les choses et de suivre le fil intuitif de la vie. Merci de partager comme tu le fais. Tendresse vers toi

    Aimé par 1 personne

  3. Ping: Emmanuel Carrère, faire effraction dans le réel (sous la direction de Laurent Demanze et Dominique Rabaté) : le monde en questions – Cultur'elle

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