Tout est possible, d’Elizabeth Strout : la vie des autres

Tout est possible, d'Elizabeth Strout : la vie des autres

Pete Barton savait que sa sœur Lucy venait à Chicago à l’occasion d’une tournée promotionnelle pour l’édition poche de son livre : il la suivait sur Internet. Depuis quelques mois seulement, il s’était fait installer le Wi-Fi et s’était offert un petit ordinateur portable. Ce qu’il préférait, c’était regarder les dernières nouvelles de Lucy. Il éprouvait une sorte d’admiration craintive à voir ce qu’elle était devenue : elle avait quitté cette minuscule maison, cette petite ville, la pauvreté qu’ils avaient subie — elle avait tout quitté, elle était partie vivre à New York et était devenue, à ses yeux, célèbre. Quand il la voyait sur son écran d’ordinateur, donnant des conférences devant des salles remplies, un doux frisson le parcourait. Sa sœur… 

Lors de notre entretien il y a un peu plus d’un an, Elizabeth Strout m’avait parlé de ce roman, qui venait alors de sortir, et qui racontait la vie des personnages dont la mère de Lucy Barton lui parlait lorsqu’elle était à l’hôpital. Inutile de vous dire que j’étais impatiente de le découvrir (j’ai même failli le commander en VO).

C’est un roman qui a presque la forme d’un recueil de nouvelles, mais des nouvelles en archipel : chaque histoire est une île, à la fois indépendante et liée aux autres. Lucy n’en est pas le personnage central même si elle fait une apparition, et en même temps tout semble graviter autour d’elle, l’écrivain qui a réussi à s’extirper de l’extrême pauvreté dans laquelle elle est née, à franchir les classes sociales et à devenir célèbre. Mais à Amgash, dans l’Illinois, tous n’ont pas eu cette possibilité, et ce sont leurs vies, des moments de leurs vies, qui nous sont racontés.

Ce roman m’a bouleversée par sa subtilité et sa délicatesse, et la manière dont il dit des choses profondes avec des histoires qui peuvent sembler banales : une ronde de personnages attachants, des gens simples qui n’ont pas été épargnés par la vie, ont connu des drames et tragédies, ont fait des choix, parfois pas les bons. Qui font, malgré tout, ce qu’ils peuvent. Cette galerie de personnages permet d’aborder une multitude de thèmes essentiels : les différences de classe, la vieillesse, les échos douloureux du passés avec lesquels on peut apprendre à vivre mais qui sont toujours là, la perte et le deuil, et bien sûr le sentiment amoureux. Lucy, la pauvre Lucy dont tout le monde plaint l’enfance, est ici comme un fil rouge, mais ce qui importe ici ce sont ces autres vies.

En refermant le roman, j’ai eu un pincement au coeur, parce que je n’avais pas du tout envie de les quitter, malgré leurs plaies et leurs bosses. Si vous avez aimé Lucy Barton (ou non), n’hésitez pas : ce roman est une merveille de sensibilité !

Tout est possible
Elizabeth STROUT
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Brévignon
Fayard, 2018

4 réponses sur « Tout est possible, d’Elizabeth Strout : la vie des autres »

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