Dans la peau, de Karine Langlois : l’amour ne meurt jamais

Dans la peau, de Karine Langlois : l'amour ne meurt jamais

On me dit d’éteindre la flamme, de « tourner la page », de « fermer le livre », on ne comprend pas que ce serait un saut dans le néant, une plongée dans la page blanche, avec des mots éternellement absents, ce serait essayer de vivre dans le noir. On peut m’en infliger des lignes à copier, comme à un enfant fautif, les punitions n’y changeront rien, je n’accepte plus que celles que je m’inflige à moi-même. Moi, l’ex première de la classe, je deviens avec orgueil le cancre, l’enfant qui bat la campagne, celle qui se rebelle contre l’autorité morale imbécile : peut-on fixer des cadres ou des normes à l’amour ? Et j’écris mes lignes, sûre de moi, sur le tableau blanc, à l’encre indélébile : non je n’éteindrai pas la lumière non je n’éteindrai pas la lumière… Non. Aussi infime soit l’espoir. J’ose dire « non » maintenant, pour mieux te dire « oui ». Etre une femme, une femme libre et audacieuse.

Habituellement, pour diverses raisons, je ne lis pas de textes auto-édités. Mais. Cette fois, mon intuition m’a dit de foncer. D’abord parce que dans ce cas précis, l’auto-édition est un véritable choix de la part d’une auteure habituellement éditée de façon traditionnelle. Et puis, surtout, le sujet a fait tilt, bien sûr : la passion amoureuse, le manque, le désir, la pulsion de vie, de mort parfois. Et autant le dire tout de suite, j’ai eu raison (encore une fois) de suivre mon intuition.

Marie (anagramme d’aimer) aime Jean. Un homme marié, bien plus vieux qu’elle, dans les bras de qui elle s’est sentie entière, elle s’est sentie une femme pour la première et seule fois de sa vie. Plusieurs années après leur rupture, le feu en elle ne s’éteint pas, et elle ne veut pas qu’il s’éteigne. Elle l’aime, elle l’a dans la peau. Elle lui écrit, à travers un texte que tout le monde pourra lire. Elle écrit pour dire ce que c’est que d’aimer à ce point, avec l’infime espoir que peut-être il lira ses mots.

Dire que ce texte m’a bouleversée serait un euphémisme : chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe a résonné en moi, faisant l’effet d’une bombe à fragmentation, d’un séisme qui fait tout bouger pour remettre les choses en place autrement. D’une sensualité extraordinaire, ce roman dit à merveille le désir, la passion, qui brûle, feu de l’enfer, et éclaire en même temps, lumière qu’on refuse d’éteindre parce qu’alors on n’aurait plus rien du tout, et qu’il vaut mieux vivre avec un infime espoir que sans espoir du tout. Il est des histoires d’amour qui sont celles d’une vie, l’amour qui nous transforme, qui nous permet d’accéder à notre vrai moi. L’amour qui rassemble les morceaux éparpillés de notre âme. Celui qu’on a cherché toute une vie, même si on ne le savait pas : une fois qu’on l’a trouvé, on ne peut pas l’oublier. Cet amour-là ne meurt jamais.

Un amour sublimé par l’écriture, qui permet de maintenir le lien. Cathartique, l’écriture a aussi, dans ce texte, une visée performative : faire effraction dans le réel. Envoyer une bouteille à la mer. Raconter à tous une histoire, pour avoir une chance de l’atteindre lui, l’homme-monde, Pygmalion devenu muse. J’espère vraiment, de tout cœur, que cela fonctionnera. Et j’y crois, parce que des histoires compliquées, mal barrées, des histoires qui ont parfois mis plusieurs années à trouver leur dénouement heureux que pourtant rien n’annonçait, on m’en a raconté plein, depuis un an. Et j’y crois, parce que l’amour et la littérature sont les plus grandes forces au monde, alors conjuguées ensemble, elles peuvent tout. Alors oui, j’ai envie d’y croire parce que, comme l’écrit l’auteure : Certains croient que l’amour héroïque, celui qui est fait de batailles perdues, de batailles renouvelées, n’est pas le véritable amour, certains croient que l’amour doit être facile. L’amour est une évidence, c’est son essence, mais pas l’évidence de la facilité. L’évidence d’une incapacité à être sans l’autre, à exister sans l’autre, tout simplement. Et que cet amour-là, cette évidence-là, ça peut faire peur. Je cite rarement les prêtres, mais je vais citer Raymond Bujold : Ainsi, beaucoup de gens ne se laissent pas aimer vraiment parce qu’ils ont l’impression qu’ils se font jouer car, souvent, de fait, on les a trompés dans le passé, on les a manipulés puis jugés et classés. La rencontre d’une personne vraiment capable de les aimer éveille tout de suite le souvenir de l’échec qu’ils ont vécu, et ils rejettent alors l’Amour qui vient. En rejetant cet amour, ils rejettent leur unique chance de s’éveiller à l’Etre d’Amour qu’ils sont eux-mêmes. Ils se sentent perdus. Toutefois, si la personne qui dérange ainsi aime vraiment, rien n’est perdu. Le lendemain, cet amour est encore là ; quinze jours après, il y est encore ; et un mois après, il est toujours là. Et l’autre finit par faire l’expérience de cette réalité plus grande que lui. 

Alors évidemment, en lisant ce roman, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au Truc et plus généralement aux nombreuses correspondances avec certains éléments de ma propre histoire, et c’est aussi ce qui m’a profondément bouleversée. A lire absolument !

Dans la peau
Karine LANGLOIS
2018

Si vous voulez vous procurer ce texte : en numérique, il est disponible sur toutes les plateformes de téléchargement traditionnelles ; en version papier (impression à la demande) vous pouvez le commander en librairie physique, sur les plateformes habituelles ou sur Librinova.

En bonus : un extrait !

3 réponses sur « Dans la peau, de Karine Langlois : l’amour ne meurt jamais »

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