Arthur et Paul, la déchirure de René Guitton : une invitation au voyage

Arthur et Paul, la déchirure de René Guitton : il est si bon de se perdre

Première rencontre, premier choc. Tous deux se reconnaissent en l’autre et comprennent que leur amour sera leur existence. Le bernard-l’ermite cherche un protecteur. Il se jette en Paul, se loge au plus profond de sa coquille, et la passion s’impose d’emblée comme une évidence. La fièvre s’empare d’eux, incontrôlable, les liens se resserrent comme des fils qu’on entrelace, et l’engrenage se met en marche. Défaillance, aliénation amoureuse, ou délicieuse perdition dans les émois du corps. L’ouragan lui remonte en pleine conscience malgré sa volonté de le murer.

L’endroit est situé derrière la Grand-Place de Bruxelles, à côté de l’hôtel Amigo, en face de la pâtisserie Dandoy, et on peut manger une gaufre en y projetant ses rêverie. L’hôtel n’existe plus, mais une plaque commémorative rappelle les faits :  « Ici s’élevait l’hôtel « A la ville de Courtrai » où, le 10 juillet 1873, Paul Verlaine blessa Arthur Rimbaud d’un coup de revolver ». C’est souvent ce fait divers que l’on retient de l’histoire, il en est le climax. Mais avant, et après ?

Deux poètes, deux génies, deux étoiles filantes qui se percutent violemment. Remontant aux source de leur enfance et de leur vocation, le roman nous raconte les destins de Paul (Verlaine) et Arthur (Rimbaud), ivres de poésie et d’amour.

Ce roman est une véritable invitation au voyage. A travers l’espace physique d’abord, entre Londres, Charleville, Mons, Bruxelles, Stuttgart, Paris, et tous les rêves d’ailleurs des deux protagonistes. A travers la poésie, puisqu’il est subtilement tissé de vers, et s’intéresse de près à ces liens magnifiques entre le poète et le voyant, avec une petite dose de mysticisme. Mais, surtout, il s’agit d’un voyage à travers deux âmes : leur amour, leur passion, comme une évidence qui les porte à la fois vers la lumière et vers l’ombre, quelque chose d’intense et de douloureux, une démesure, une chute ascensionnelle : grâce à l’autre (et c’est le propre de la passion amoureuse), chacun se dissout pour renaître. Comme l’absinthe dont ils s’enivrent, l’amour inspire, l’amour détruit.

Même si Rimbaud et Verlaine ne sont pas les poètes que j’admire le plus (moi à Baudelaire que je voue un culte, et c’est pour cela que je l’ai glissé dans le titre, mais ce n’est pas gratuitement puisqu’il a de toute façon une importance essentielle pour Arthur et Paul), j’ai avalé ce roman comme une douce liqueur inspirante, avec d’autant plus de plaisir et de joie qu’il est magnifiquement écrit !

Arthur et Paul, la déchirure
René GUITTON
Robert Laffont, 2018

     1% Rentrée littéraire 2018 – 16/6

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