El Autor, de Manuel Martin Cuenca : l’écrivain et le réel

El Autor, de Manuel Martin Cuenca : l'écrivain et le réel

S’il faut des couilles pour être un écrivain, et bien les voilà, mes couilles !

Netflix le sait bien : les fils d’écrivains, c’est une de mes marottes. C’est pour cela que l’autre soir, l’algorithme m’a aimablement proposé ce film (oui, je considère l’algorithme comme un ami, qui me propose gentiment des choses dont il pense qu’elles vont me plaire).

Un aspirant écrivain, dont la femme a écrit un best-seller, est dans une impasse : il a beau suivre des ateliers d’écriture et assister à des Masterclass, il n’arrive à rien écrire de bon. Mais un jour il se rend compte que lorsqu’il écrivait des événements qui s’étaient réellement produits, on lui trouvait un certain talent. Il se met donc non seulement à espionner, mais carrément à manipuler les habitants de son immeuble…

Ce film sur l’écriture pose donc la question de l’inspiration, du réel et de la sincérité. Finalement, nous sommes tous de potentiels personnages (c’est l’objet d’un lapsus du personnage principal, qui au lieu de dire à sa gardienne et maîtresse qu’elle est une belle personne lui dit qu’elle est un beau personnage), et aucun auteur n’écrit à partir de rien, même lorsqu’il s’agit de fiction. Mais là il ne s’agit pas de simplement prendre des éléments du réel (plus ou moins d’éléments) et de les transformer par l’écriture : il s’agit de manipuler les gens de manipuler les gens, d’agir avec eux comme avec des personnages, de créer des situations et de voir comment ils réagissent, les observer, les enregistrer (au sens propre).

Il agit donc avec ses voisins comme un romancier avec ses personnages, ce qui fait du film à la fois un film sur un écrivain et une métaphore du travail de l’écrivain. Sauf que, comme on le sait, les personnages ne se laissent pas toujours faire, ils résistent à ce que l’on veut pour eux, et les gens non plus. Notre écrivain l’apprend à ses dépends.

Écrivain ? Pas sûr. Il enregistre la vie, la retranscrit telle quelle sur les pages au lieu de la transformer. Ce n’est pas seulement une question éthique, mais aussi esthétique : il n’a aucune vision, ce qu’il écrit n’est qu’une contrefaçon du réel, il ne sait pas faire du matériau brut quelque chose qui a du sens : le plomb reste plomb et ne devient pas or, le réel reste réel au lieu d’être déréalisé. Lâche et frustré, le personnage principal est en outre diablement antipathique.

J’ai pris beaucoup de plaisir à regarder ce film, vraiment. Mais une fois celui-ci terminé, je me suis demandé où voulait vraiment en venir le réalisateur, et je ne suis pas sûre d’avoir trouvé…

El Autor
Manuel MARTÍN CUENCA
2017

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