Toutes les femmes sauf une, de Maria Pourchet : une douloureuse histoire de femmes

Toutes les femmes sauf une, de Maria Pourchet : une douloureuse histoire de femmes

Juste avant, il y a ma mère. Et encore avant, sa mère, et la mère de sa mère, et toutes les filles avant elles. Les fortes, les pas faciles, les tondues, les mauvaises, les tordues, les saintes, les pendues au téléphone, les paysannes, les reines d’Angleterre, les presque belles, les trop, les Carmen, les battues, les conscientes, les increvables. Et le berceau qui n’a rien demandé. Ou peut-être que si. J’ignore après tout ce qui gouverne la chute des âmes. 

Si le système patriarcal est responsable de bien des violences envers les femmes, on oublie (on feint d’oublier) trop souvent que les femmes entre elles peuvent être tout aussi violentes, et détruire des êtres…

La narratrice vient d’accoucher d’une petite fille, Adèle. Mais elle vient d’une lignée où les femmes ne savent pas être mères, et reproduisent sur leurs filles la violence qu’elles ont subie. Une violence insidieuse, faite de désintérêt, de désamour, et de petites phrases destructrices. Une lignée qui forme comme une chaîne, dont la narratrice refuse que sa fille devienne le dernier maillon. Alors, pour lever la malédiction, s’en libérer, elle raconte, tout en essayant de s’occuper de son bébé, ce qui se révèle pour elle difficile…

Un roman comme un cri de douleur et de rage, dont il est vital de se libérer — et ça fait mal : le rejet, le manque d’amour qui empêche de s’ouvrir aux autres, saute à la gorge à chaque page. La violence des femmes entre elles, ici, c’est la lignée, les petites phrases humiliantes et culpabilisantes entendues toute l’enfance et qui empêchent de se construire ; mais c’est aussi la violence des infirmières de la maternité, qui au lieu d’aider culpabilisent une jeune mère qui ne souhaite pas allaiter et refusent de soulager ses souffrances qu’elles soient morales ou physiques ; c’est aussi la violence des supérieures hiérarchiques, qui profitent de leur position pour détruire celles qu’elles ont sous leurs ordres. Ici les hommes ne sont pas le problèmes. Il ne faut pas tuer le père. Il faut tuer la mère.

Dans ce roman, la féminité est vécue comme une malédiction, et la maternité une violence. Cette féminité refusée, comme sont refusés la tendresse, la séduction, le désir, le corps, la chair. Comment on devient une femme avec ça ? Comment on apprend à aimer ?

La seule respiration : les livres. Ceux qu’on lit, et ceux qu’on écrit, dans l’urgence, pour se délivrer de son histoire.

Un roman sombre, violent, douloureux, sublimement écrit, à lire parce qu’il pose un autre regard sur notre monde, et affirme que les femmes peuvent être leur propre bourreau et empêcher les petites filles de devenir des femmes épanouies, quel que soit le chemin qu’elles choisissent.

Toutes les femmes sauf une
Maria POURCHET
Pauvert, 2018

1% Rentrée littéraire 2018 – 9/6

3 réponses sur « Toutes les femmes sauf une, de Maria Pourchet : une douloureuse histoire de femmes »

  1. georges

    Mademoiselle l’Irrégulière,
    j’ai lu votre commentaire au sujet de ce livre, les femmes du XXIème siècle ne sont plus féminines, elles sont féministes et nous les hommes, nous perdons de notre virilité.
    Comme dit la célèbre Cinéaste Agnès VARDA, la femme est faite pour séduire l’homme qui lui plait et sa féminité est faite pour attirer la virilité d’un homme.
    Cordialement Georges.

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