Les Amours de Vienne, de Gérard de Nerval : chercher la Femme

Les Amours de Vienne, de Gérard de Nerval : à la recherche de la Femme

Cette atmosphère de beauté, de grâce, d’amour, a quelque chose d’enivrant : on perd la tête, on soupire, on est amoureux fou, non d’une, mais de toutes ces femmes, à la fois. L’odor di femina est partout dans l’air, et on l’aspire de loin comme Don Juan. Quel malheur que nous ne soyons pas au printemps ! Il faut un paysage pour compléter de si belles impressions. Cependant, la saison n’est pas encore sans charmes. Ce matin, je suis entré dans le grand jardin impérial au bout de la ville ; on n’y voyait personne. Les grandes allées se terminaient très loin par des horizons gris et bleus charmants. Il y a au-delà un grand parc montueux coupé d’étangs et plein d’oiseaux. Les parterres étaient tellement gâtés par le mauvais temps  que les rosiers cassés laissaient traîner leurs fleurs dans la boue. Au-delà, la vue donnait sur le Prater et sur le Danube ; c’était ravissant malgré le froid. 

Quoi de mieux, lorsqu’on est en voyage, que de lire un récit qui se déroule dans les lieux où l’on est soi-même ? Pour ma part, c’est un de mes grands plaisirs : La Chute de Camus à AmsterdamL’Année de la mort de Ricardo Reis de Saramago à Lisbonne. Pour Vienne, j’ai d’abord été tentée, de manière somme toute logique, par la littérature autrichienne, Schnitzler ou Zweig. Mais je ne sais pas pourquoi, rien ne m’inspirait, rien ne faisait tilt. Et puis j’ai repensé à ce texte de Nerval, que j’avais lu dans une autre édition pour ma thèse sur les récits de voyage. Et ce fut lui. Il faut dire que Nerval en voyage, c’est quelque chose !

Nerval en voyage ne joue pas les touristes : dans ce texte, vous ne trouverez que très peu de descriptions de la ville et de ses monuments dit « incontournables ». A Vienne il reste trois mois et demi, où il espère avoir un avant-goût de l’Orient où il se rendra ensuite. C’est l’hiver, et ce qui l’intéresse, c’est de vivre la ville, dont il arpente sans but les rues, fréquente les cafés et les théâtre, et poursuit les femmes. Car pour lui, on ne connaît un lieu qu’en fréquentant intimement ses habitantes. Mais s’il se prend pour Casanova, c’est un Casanova de pacotille, et dans ce journal/lettre, publié dans La Revue de Paris en 1841, il raconte avec une certaine dose d’autodérision les échecs de sa quête amoureuse.

Le texte est très court, mais il se lit avec un vif plaisir : plutôt que de nous décrire les monuments, ce que saurait faire n’importe quel guide touristique, Nerval, qui hait les récits de voyage et refuse donc de se plier aux codes du genre, restitue une ambiance. Il y a ici, beaucoup d’humour, et on sourit souvent de ses aventures navrantes, mais Nerval est Nerval (même s’il n’a encore pas publié grand chose) et la mélancolie n’est jamais loin, particulièrement dans le paysage hivernal. Vienne se colore des états d’âme de celui qui l’arpente, et cela donne au récit beaucoup de charme.

A découvrir donc, que vous connaissiez Vienne ou non : c’est un enchantement !

Les Amours de Vienne (Vienne)
Gérard de NERVAL
Magellan, Heureux qui comme…, 2010
(De manière générale je vous conseille cette collection, qui regorge de pépites en terme de textes de voyage)

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