Une espionne dans la maison de l’amour, d’Anaïs Nin : l’histoire d’une femme clivée

Une espionne dans la maison de l'amour, d'Anaïs Nin : l'histoire d'une femme clivée

Ils fuirent les yeux du monde, ils fuirent les préludes prophétiques et brûlants des blues. Ils descendirent les échelles rouillées qui mènent au plus profond de la nuit propice, au plus profond de cette nuit que connurent le premier homme et la première femme dans les commencements du monde, au plus profond de cette nuit où les êtres se possèdent sans avoir besoin de parler, sans sérénade, sans cour préalable, sans tournois, sans accessoires secondaires, sans ornements superflus, sans bijoux, sans couronnes à conquérir, où il n’y a plus rien que le rituel heureux, heureux, heureux de la femme qui s’immole, qui s’empale sur le mât dressé de la volupté masculine. 

J’avais très envie de continuer à me plonger dans l’oeuvre d’Anaïs Nin, qui parvient à lier de manière bouleversante sa vie de femme, sexuelle et amoureuse, à la pulsion d’écrire. C’est donc une auteure qui ne peut que fasciner toute femme chez qui ces deux facettes sont intimement soudées, et d’ailleurs Adeline Fleury en parle souvent.  Pourquoi ce titre en particulier ? Le hasard, à première vue, même si une fois le roman refermé je me suis dit que le hasard n’avait décidément rien à faire dans l’histoire, tant je me suis souvent reconnue en Sabina, cette femme écartelée entre des désirs apparemment contradictoires.

Oui, Sabina, l’héroïne de ce roman, est une femme écartelée, clivée. Entre sa volonté d’être libre et la culpabilité qui ne cesse de l’étreindre. Entre son assurance extérieure et son chaos intérieur. Entre son mari et ses amants. Etre de mensonges et de contradictions, elle ne cesse de batailler contre le réel où elle voudrait vivre mais qui la déçoit toujours et qu’elle doit altérer pour le rendre plus beau. Actrice, de profession mais aussi de sa propre vie, elle joue un rôle. Mais lequel ?

Comme Ulysse navigue d’île en île et de femme en femme, Sabina navigue d’homme en homme mais revient toujours à son Ithaque, son mari. Sans trouver ce qu’elle cherche — et elle ne le sait d’ailleurs pas, ce qu’elle cherche : est-elle une femme en quête d’amour, ou n’est-elle finalement qu’une espionne en sa maison, croyant le ressentir mais le confondant peut-être avec la frénésie du désir.

Pas vraiment érotique (au sens où il n’y a finalement que peu de scènes strictement sexuelles), mais extrêmement sensuel, ce roman absolument merveilleux se révèle d’une grande subtilité dans l’analyse des soubresauts de l’âme, tout en restant d’une grande poésie notamment dans la manière de tisser étroitement métaphores obsédantes et symboles : le détecteur de mensonges qui la suit, et qui est à la fois sa conscience et un avatar du psychanalyste d’Anaïs Nin, le labyrinthe au sein duquel se cache le monstre que nous avons tous en nous et qu’il faut terrasser pour pouvoir vivre, la lune et l’eau, images de la féminité, et bien sûr le théâtre.

Ce court roman m’a littéralement bouleversée et envoûtée, et je pense que je ne tarderai pas à découvrir les autres volets des Cités Intérieures. 

Une espionne dans la maison de l’amour
Anaïs NIN
Traduit de l’anglais par Anne Laurel
Stock, 1978

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