Les sentiments du Prince Charles, de Liv Strömquist

Les sentiments du Prince Charles, de Liv Strömquist

Jonasdottír divise « l’amour » en deux états principaux : « le care » et « l’extase ». Notre société ayant institutionnalisé l’amour hétérosexuel, les femmes expriment l’amour via un « travail de soin » tandis que les hommes l’expriment via « l’extase ».

‘avais trouvé très intéressant l’album que Liv Strömquist avait consacré au sexe féminin ; du coup, lorsque j’ai vu ce titre dans une liste d’ouvrages consacrés à l’analyse du sentiment amoureux, et vu que donc vous allez finir par le savoir c’est mon sujet du moment (enfin, du moment…) je m’y suis donc intéressée.

Strömquist part des stéréotypes de genre qui seraient à l’origine des troubles psychorelationnels : les hommes sont éduqués à repousser tout ce qui est féminin et à se distancier de leur mère, et au contraire de valoriser l’indépendance ; du coup, ils ont peur de l’intimité, mais il s’agit d’une fausse indépendance car en réalité ils ont besoin du couple. C’est évidemment l’inverse chez les filles, qui ont besoin de séduire et d’être aimées par un homme. A partir de là, l’amour est mal barré…

Alors c’est un fait, cette bande dessinée est souvent très drôle et très précisément documentée. Le dessin n’est pas renversant, mais à la limite, ce n’est pas ce qui m’a le plus gênée ; non, ce qui m’a un peu agacée, ce sont les parti-pris idéologiques parfois extrémistes avec lesquels j’ai souvent été en désaccord (cela étant, je le savais depuis le départ, et c’est aussi ce qui m’intéressait), même s’ils soulèvent des questions tout à fait judicieuses. Alors je ne vais pas contre-argumenter point par point, mais je trouve qu’elle fait trop peu de cas du fait que le sentiment amoureux et le désir reposent justement sur l’altérité et la complémentarité (sans compter que je ne sais pas trop quels hommes elle a rencontrés dans sa vie, mais elle fait des hommes des vampires qui ne songent qu’à se nourrir de la force d’amour des femmes pour se réaliser à l’extérieur du couple : on est d’accord que ça arrive, mais enfin de là à en faire une norme…). Finalement, elle fait de l’amour une norme et un rite social, une sorte de nouvelle religion, qui en fait n’aurait pas d’importance du tout, et débouche sur l’idée qu’il faut se débarrasser de l’amour hétérosexuel qui nourrit le patriarcat en supposant de facto l’aliénation des femmes (vous me sentez bouillir ?). Et alors je passe sur l’exclusivité sexuelle, qui là aussi est une norme qu’il faut jeter aux orties (ben oui, nos amis on accepte bien qu’ils aient d’autres amis, alors pourquoi on est blessé si notre amoureux va voir ailleurs ?).

Bref, des réflexions intéressantes qui ouvrent des pistes, mais selon moi, à vouloir aller trop loin, l’auteure loupe sa cible.

Les Sentiments du Prince Charles
Liv STRÖMQUISTTraduit du suédois par Kirsi Kinnumen et Stéphanie Dubois
Rackham, 2012/2016/2018

5 réponses sur « Les sentiments du Prince Charles, de Liv Strömquist »

  1. Usva K.

    Chronique très intéressante, je crois que j’aurais vite fait de monter dans les tours sur certaines positions trop extrêmes à mon goût. Si cette vision lui convient et lui permet un épanouissement, j’en suis ravie, mais très peu pour moi. 🙂 Je suis du féminisme égalitaire, pas diabolisant, même si nous avons toutes des expériences qui pourraient donner envie de diaboliser l’autre, je l’entends.

    Merci pour cette découverte ! 🙂

    J'aime

  2. Usva K.

    Après, l’amour c’est l’amour (je reste une grande croyante pour reprendre l’image religieuse) : il n’a pas forcément de genre, comme il n’a pas forcément d’âge (en dehors des textes de loi… on s’entend) ou de règles et doctrines valables pour tous. Chacun le vit à sa façon et c’est bien ça qui le rend complexement puissant.

    J'aime

  3. mithrowen

    Le passage sur l’exclusivité sexuelle, ça me rappelle un passage de l’essai « Libres! » d’Ovidie et Diglee qui relevait que c’était effectivement la grande mode vouloir jeter aux orties ce modèle et de se revendiquer « couple libre ».
    Elle met bien le doigt sur le fait que l’on doit faire attention à ne pas passer d’une norme (l’exclusivité sexuelle) à une autre (le couple libre). J’étais bien tentée par cette BD, mais je suis un peu refroidie. Peut-être que j’irais la lire en bibliothèque pour me faire une idée!

    J'aime

Un petit mot ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.