Le jardin des bonheurs égarés, de Tor Udall

Le jardin des bonheurs égarés, de Tor Udall

Le jardin des bonheurs égarés, de Tor UdallQuelqu’un a fait tomber un mégot de cigare. En le repoussant du pied, il se souvient des lèvres d’Audrey sur une cigarette. Cette dépendance l’insupportait — ou était-il simplement jaloux qu’elle ne les pose pas plutôt sur lui ? Combien de baisers se sont-ils donnés au cours des neuf années qu’ils ont partagées ? Mille ? Un million ? Il dresse la liste de ceux qu’il a aimés : celui qui racontait la journée qu’elle venait de passer ; la satisfaction repue, l’exquise indolence de leurs bouches après l’amour… ; le goût de sel sur ses joues après une dispute ; le baiser Je-suis-en-retard-mais-j’aimerais-rester ; ses lèvres dans son cou qui annonçaient les promesses du prochain. Et celui dont il ignorait qu’il serait le dernier. 

Comment résister à une telle couverture, et à un titre aussi délicieux (tout aussi beau que le titre original, quoique différent : A thousand paper birds…) ? Moi, je n’ai même pas essayé…

Audrey, la femme de Jonah, vient de mourir dans un accident de voiture — vraisemblablement, un suicide. C’est tout son monde qui s’écroule, et il erre comme une âme en peine dans les jardins de Kew, qu’elle aimait tant. Il y croise Chloe, qui fabrique des oiseaux en papier, Harry, un jardinier, et Milly, une petite fille de huit ans. Tous ces êtres semblent liés… et certains ne sont peut-être pas qui on croit…

Un roman d’une douceur, d’une poésie, d’une délicatesse infinies. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’écriture, éminemment visuelle, comme un tableau, et qui rend magnifiquement la beauté du jardin, mais qui porte aussi attention à tous les sens, les sons, les odeurs, les sensations tactiles. Très sensuel, il dit la perte, le manque, le chagrin, le deuil, sans être étouffant, et tisse entre les êtres des liens sous-terrains, un peu comme chez Virginia Woolf, tout en évoluant dans un univers onirique très Shakespearien. Le Songe d’une nuit d’été. C’est infiniment mélancolique, triste et lumineux en même temps (parce qu’il y a l’amour, malgré tout, toujours plus fort et qui permet de se reconstruire), comme le soleil à travers les gouttes de pluie — un chagrin radieux, une beauté cousue de cicatrices.

Une très très belle découverte, que je vous engage vraiment vraiment à lire, même s’il a le défaut de donner envie de sauter dans le premier Thalys pour aller visiter les jardins royaux de Kew, qui ont l’air si beaux !

Le Jardin des bonheurs égarés
Tor UDALL
Traduit de l’anglais par Claire Desserrey
Préludes, 2018

Le mois anglais

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