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Chagrin d’amour. Poèmes de l’amour triste (anthologie)

Chagrin d'amour. Poèmes de l'amour triste (anthologie)Le cœur humain est ainsi fait : les histoires d’amour qui finissent mal, les histoires d’amour qui portent regret, douleur, désespoir, l’émeuvent plus que les autres. Dans le domaine infini de l’imaginaire sentimental, la nostalgie est notre enfant chérie, que nous ne nous lassons pas de bercer. Le roman d’amour dont la fin serre le cœur, le drame « où Margot a pleuré », la chanson vécue qui fait verser des larmes ne sont pas de simples pièges affectifs destinés à désarmer les énergies et les révoltes, comme voudraient le faire croire les sociologues que la politique a corrompus. Ils touchent à des racines autrement profondes. Ils répondent en nous à je ne sais quelle rêverie fatale, satisfont je ne sais quel appel de vertige ressemblant à un besoin. Il y a, dans le malheur d’amour mis en récit, mis en poème — mis en légende ! — un pouvoir d’envoûtement que l’amour accompli, couronné, repu ne possède pas, ne possédera jamais.

L’autre jour, en faisant du rangement, je suis retombée sur cette anthologie et, l’humeur mélancolique aidant, j’ai eu envie de m’y replonger.  D’autant que cela pouvait m’être utile pour certains développements du Truc.

Dans ce bouquet de poèmes qui nous est offert sont présentes toutes les modalités de l’amour triste, puisque les causes du chagrin d’amour et de la douleur peuvent être très variées : l’absence, la trahison, la rupture, le départ et les adieux, la mort ; et puis tout simplement l’amour lui-même, qui semble être triste et douloureux par le simple fait d’exister, parce qu’il nous met face à nous-même et à notre propre fragilité. A nos peurs aussi. Même l’amour heureux est quelque part malheureux.

On ne peut pas dire que cette lecture fasse du bien : c’est comme écouter des chansons tristes quand on est triste, il y a comme une complaisance dans la souffrance, et ici chaque vers peut-être comme un coup de poignard ; mais cela fait du bien quand même, paradoxalement. Si les modalités de l’amour triste sont diverses, les poèmes de cette anthologie le sont tout autant, mêlant les voix d’époques différentes et de poètes connus et inconnus, qui tentent chacun à leur façon de mettre des mots sur le pire des maux. Le seul reproche que j’ai à faire, c’est qu’il est un peu trop dominé par les hommes, comme si seuls les hommes souffraient et l’écrivaient ; ce reproche est, je le sais, un peu injuste car Luc Decaunes, qui a sélectionné les poèmes, s’est attaché à proposer des voix féminines, et que ce n’est pas sa faute si on en trouve moins que de voix masculines dans l’histoire de la littérature, et on retrouve ainsi au fil des pages Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, Renée Vivien, où Marie Noël qui m’a particulièrement touchée. Mais voilà, je n’étais pas d’humeur à écouter certaines complaintes masculines…

Cela mis à part, c’est une très belle anthologie, dans laquelle piocher au gré de sa mélancolie, qui touchera tout le monde tant le mal qu’elle évoque est universel et intemporel… La préface, sur la poésie et le pouvoir envoûtant des histoires d’amour qui finissent mal, est particulièrement intéressante.

Chagrin d’amour. Poèmes de l’amour triste
Luc DECAUNES
Cherche-midi, 1992

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