Elle lit des romans

Dos au mur, de Nicolas Rey

Dos au mur, de Nicolas ReyJ’ai quarante-quatre ans. Il m’a fallu attendre l’âge de quarante ans pour savoir à quoi pouvait ressembler le véritable amour. L’abnégation. Le don de soi. Le silence partagé. L’écoute attentive. Le plaisir de l’autre avant le sien. Le plaisir de l’autre qui devient le sien. La joie sincère lorsqu’il arrive à l’autre quelque chose de bien. L’idée d’écrire en l’imaginant sourire lorsqu’elle lira ces lignes. L’envie folle d’avoir un enfant avec elle. 

J’avais, malgré toute ma bienveillance pour l’auteur, détesté le précédent roman de Nicolas Rey. Mais comme je n’aime pas rester sur un échec, j’ai décidé de lui donner une nouvelle chance. Et j’ai eu raison, car si on l’avait un peu perdu, là, on retrouve ce qu’on aime chez lui.

C’est une plongée en enfer qui est racontée ici. Malade (gravement) à cause de tous ses excès, interdit bancaire, en sursis avec Joséphine, le narrateur commet en outre l’erreur d’accepter qu’un ami lui donne une de ses nouvelles pour compléter un recueil qu’il n’arrive pas à terminer. Mais l’ami change d’avis, veut lui faire un procès, et c’est le déclencheur d’un besoin pour le narrateur de cesser de mentir…

Écorché vif, hypersensible, totalement perdu et désespérément malheureux de perdre Joséphine qui, avec son fils Hippolyte, et la seule chose qui compte au monde pour lui, Nicolas Rey met dans ce roman toutes ses tripes. Et c’est absolument bouleversant de sincérité, alors même que l’enjeu du texte, c’est le mensonge, qui est devenu chez lui une seconde nature, ce qui est bien normal d’ailleurs s’agissant d’un écrivain : un écrivain ment, la réalité et la fiction se mélangent, et on ne sait plus du tout où est le vrai et où est le faux, si tant est d’ailleurs que cela ait de l’importance. Mensonge ou vérité, ce qui compte ici, c’est le portrait de cet homme affreusement égoïste et follement romantique, qui ne sait gérer ni ses émotions ni sa vie, et pour qui finalement l’amour est au cœur de tout, ce qui fait de ce roman une sublime déclaration d’amour fou, en plus de tout le reste.

Alors je sais que les interrogations existentielles des écrivains germanopratins qui semblent parfois se complaire dans la souffrance, s’autodétruisent à l’alcool et la coke, cela en crispe certains, moi j’aime énormément, cela me touche, et je suis ravie d’avoir retrouvé Nicolas Rey avec ce roman !

Dos au mur
Nicolas REY
Au diable vauvert, 2018

(6 commentaires)

  1. Merci pour cette présentation. Drôle de couverture néanmoins, même si elle illustre plutôt bien ce « mensonge-vérité » dont vous parlez, grâce à ce masque qui ne semble pas en être tout à fait un en se mélangeant, se confondant presque avec ce fond blanc, nacré, rosis, blanchi, on ne sait pas très bien. Drôle d’ambivalence : je suis à la fois attirée et rebutée par cette couverture. Cela ressemble aussi à du papier découpé. Comme si cet homme s’était livré à sa propre dissection. « Homme écorché », homme disséqué. Homme torturé. Écrivain, quoi.

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  2. La couv annonce l’égocentrisme du monsieur. Un auteur dont je ne supporte pas les jérémiades. Son dernier roman est la pire chose que j’ai lue ces dernières années, je n’ai donc pas envie de le retrouver avec celui-ci, même si tu le trouves meilleur (en même temps il ne pouvait en être autrement…).

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