Certains souvenirs, de Judith Hermann

Certains souvenirs, de Judith Hermann

Certains souvenirs, de Judith HermannPour Ivo et moi, c’était notre premier mariage, et nous avions une fille, Ida, je n’aurais plus d’autres enfants. Ivo, si. Ivo, peut-être que si, parfois je me l’imaginais prenant un nouveau départ — reprenant tout à zéro, une autre femme, une autre maison, un nouvel enfant, un jardin avec des cerisiers et des lilas et de la porceleine dans le buffet, non dépareillée. Et j’étais certaine que je ne le reconnaîtrais pas. Je ne reconnaîtrais pas Ivo dans sa nouvelle vie, il serait un autre, je sais que c’est possible, que nous sommes comme ça. Il emporterait avec lui sa passion pour la pêche à la ligne. Il irait le dimanche aux courses de lévriers clandestines. Il continuerait à penser que lécher le couvercle en aluminium des pots de yaourt peut donner le cancer et il s’endormirait couché sur le côté droit, les jambes repliées, main entre les genoux, et en rêve il dirait des choses comme, est-ce que tu as regardé sous cette chaise, ou bien, enfile quelque chose de chaud, s’il te plaît, et dépêche-toi de venir. Mais pour tout le reste ?

J’avais envie de lire des nouvelles, genre assez adapté à mes difficultés de concentration actuelles (je lis un truc et j’ai une nette tendance à partir dans des fantaisies mentales, c’est pratique, je vous jure).

Dix-sept nouvelles composent donc ce recueil, des nouvelles difficiles à résumer tant, à proprement parler, il ne s’y passe pas grand chose : ce sont plutôt des instantanés de vie, saisis à la volée.

Pas grand chose d’un point de vue narratif, mais il se dégage pourtant de ce recueil une véritable ambiance (dont j’ai mis un moment à comprendre pourquoi elle me déstabilisait un peu, jusqu’à ce que je me rende compte que l’auteure était allemande et non américaine), faite de sensations et de délicatesse : les émotions sont d’une justesse incroyable, et de l’écriture affleure souvent une grande poésie. Beaucoup d’histoires de couples qui se font et se défont, et ce sont bien sûr les nouvelles qui m’ont le plus touchée et intéressée, avec une mention spéciale pour « les témoins », dont je ne saurais trop dire objectivement ce qu’elle est venue remuer en moi, mais qui m’a bouleversée. Malheureusement, il y en a aussi quelques unes qui m’ont laissée à l’extérieur, et deux que je n’ai carrément pas comprises.

Un recueil agréable, des nouvelles à savourer…

Certains souvenirs
Judith HERMANN
Traduit de l’allemand par Dominique Autrand
Albin Michel, 2018

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