Elle lit des essais

La littérature, pour quoi faire ? d’Antoine Compagnon

La littérature, pour quoi faire ? d'Antoine CompagnonPourquoi parler — parler encore — de la « littérature française moderne et contemporaine » en ce début de XXIe siècle ? Quelles valeurs la littérature peut-elle créer et transmettre dans le monde actuel ? Quelle place doit être la sienne dans l’espace public ? Est-elle profitable dans la vie ? Pourquoi défendre sa présence à l’école ? Une réflexion franche sur les usages et le pouvoir de la littérature me semble urgente à mener : « si j’ai confiance en l’avenir de la littérature, avançait Italo Calvino dans ses Leçons américaines. Six propositions pour le prochain millénaire, rédigées peu avant sa mort en 1985, c’est parce qu’il y a des choses, je le sais, que seules la littérature peut offrir par ses moyens propres. » Puis-je reprendre à mon compte ce credo en inaugurant mon cours ? Y a-t-il vraiment encore des choses que seules la littérature puisse nous procurer ? La littérature est-elle indispensable, ou bien est-elle remplaçable ? 

Antoine Compagnon a été, au cours de mes études, un de mes maîtres à penser, notamment avec son fameux Démon de la théorie, sans doute ce que j’ai lu de plus clair et de plus passionnant sur ce curieux objet qu’est la théorie littéraire. Mais, à tort sans doute, je ne lis plus guère d’ouvrages de ce genre, et celui dont je vous parle aujourd’hui est tout de même plus simple.

Il s’agit de la leçon inaugurale prononcée par Antoine Compagnon au Collège de France le 30 novembre 2006, pour prendre possession de la chaire « littérature française moderne et contemporaine : histoire, critique, théorie ».

Après avoir brièvement rappelé son parcours assez curieux, qui l’a mené des sciences aux lettres justement grâce aux leçons au Collège de France de gens comme Jakobson, Foucault, Barthes ou Kristeva, Antoine Compagnon pose la question qui va l’occuper durant sa propre leçon, exercice ô combien académique : pourquoi, et comment parler de la littérature française moderne et contemporaine à notre époque ? Comment, la réponse est assez rapide, et Compagnon montre comment tout au long de l’histoire la pratique des enseignants au Collège de France a oscillé entre philologie et poétique, les deux étant finalement complémentaire. Répondre à la question pourquoi est plus vertigineux. Si Proust affirmait que la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c’est la littérature, la pauvre est aujourd’hui concurrencée par l’audiovisuel et le numérique, et suscite chez certains une large indifférence quand ce n’est pas une véritable haine. Alors, pourquoi ? Et bien parce que la littérature nous en apprend plus sur le monde que tout le reste. Là encore, la réflexion sur les pouvoirs de la littérature est historique : elle plaît et instruit à la fois, elle guérit et libère, elle corrige les défauts du langage en exprimant ce que le langage commun ne peut pas dire car le poète et le romancier nous divulguent ce qui était en nous, mais que nous ignorions parce que les mots manquaient ; elle nous offre une expérience humaine inaccessible autrement.

Que dire de plus ? En quelques pages vivifiantes, Antoine Compagnon saisit ce qui fait que la littérature est indispensable à la vie, car elle la rend plus riche, et lui offre un magnifique hommage, à lire absolument !

La littérature, pour quoi faire ?
Antoine COMPAGNON
Fayard, Pluriel, 2018

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