Elle lit des récits et chroniques

Mes Indépendances, de Kamel Daoud

Mes Indépendances, de Kamel DaoudUn article publié dans un journal italien puis dans d’autres pays, avant d’aboutir dans les colonnes d’un journal en France, en sera l’illustration : j’y affirmais ma conviction, que je maintiens, que notre lien à la femme, au corps et au désir, est le lieu exact de notre douleur, souffrance subie et imposée. Il sera mal lu, retenu à charge pour faire mon procès. Il sera défendu, salué et encouragé, jusqu’à l’excès, par d’autres. On me reprochera d’avoir raison mais d’avoir osé le dire à haute voix  et en Occident, pas dans le champ complice de l’entre-nous. Au coeur de la tempête médiatique, j’ai compris que les réactions révélaient plus sur l’état malheureux de notre époque, ses divisions et ses replis sur soi, que sur ma personne. Au nom de l’anticolonial, on versait dans le déni, au nom de la religion ou de la communauté on défendait l’indéfendable et au nom de l’alliance inconsciente et irresponsable entre les deux, on m’interdisait le droit de penser par moi-même, d’être libre et de l’être parmi les miens. 

Après avoir lu les deux magnifiques romans de Kamel Daoud que sont Meursault contre-enquête et Zabor ou les psaumesj’avais très logiquement envie de me plonger dans ce recueil de chroniques.

Sur les quelques 2000 textes publiés par Kamel Daoud dans différents journaux, essentiellement Le Quotidien d’Oran, entre 2010 et 2016, 182 ont été retenus pour ce recueil. Des textes où il critique l’Islam politique, où il défend les femmes, où il fustige la déliquescence du monde arabe dirigé par les « quarante voleurs », où il donne à voir son point de vue original sur le monde…

Lire Kamel Daoud, c’est un exercice de liberté et de pensée : éminemment singulier, il refuse les systèmes binaires qui enferment et au contraire, par un pas de côté, ouvre les esprits. Qu’il réfléchisse à l’Algérie actuelle et au spectre de la colonisation dans lequel, lui qui est né après la guerre d’indépendance, refuse de rester cloîtré, à l’islamisme rampant, mais surtout (ce sont les textes qui m’ont évidemment le plus intéressée) à la condition des femmes, au corps, au désir et à la liberté, à l’identité aussi, il invite le lecteur à l’interrogation et à la réflexion. En cela ce recueil, excellemment écrit, nourri de références littéraires et philosophiques et habité par l’esprit de Camus, à l’occasion drôle et sarcastique mais aussi un peu désabusé, est absolument salutaire !

Mes Indépendances – Chroniques 2010-2016
Kamel DAOUD
Actes Sud, 2017

(4 commentaires)

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