Elle lit des romans

Le Mal des ardents, de Frédéric Aribit

Le Mal des ardents, de Frédéric AribitCombien d’histoires commencent dans un métro bondé avec une femme que vous ne voyez pas arriver, qui se retrouve soudain à côté de vous, contre vous, à la faveur d’on ne sait quelle bousculade, quelle recomposition hasardeuse de la foule, quelle nouvelle phase de l’immense Tetris social réagençant, arrêt après arrêt, le groupuscule dont vous êtes, combien de ces histoires avec une belle brune habillée tout en noir et portant un grand sac en toile jeté sur son épaule qui vous enlève votre casque des oreilles sans rien dire, le pose sur sa tête, écoute la musique, celle de votre casque à vous sur sa tête à elle, pendant quelques secondes sans vous lâcher des yeux — question dans la question : combien de femmes avec des yeux pareils, un regard pareil, vers 19h12 un mardi pluvieux du mois d’avril ? —, puis vous remet le casque en place, vous embrasse aussi sec sur la bouche, oui je dis bien sur la bouche, combien — et combien avec de telles lèvres ? — pour rectifier ensuite une mèche de vos cheveux au-dessus de votre oreille gauche, vous regarder comme on n’ose plus regarder, vous sourire comme on ne sait plus sourire avant de vous laisser coi, interloqué, planté là comme un abruti au milieu des autres voyageurs lorsqu’à République — bon sang, et combien de femmes brunes à République avec des chaussures noires et un sac en toile d’où dépasse une demi-baguette de pain, combien ? — elle descend tout à trac sans que vous ayez eu le temps de réagir ?

Les histoires naissent parfois de manière bizarre dans l’esprit d’un romancier. Celle-ci est née d’un sujet de TPE sur lequel Frédéric Aribit a ensuite tricoté une très belle histoire d’amour et d’art.

Lou surgit dans la vie du narrateur comme un cyclone qui renverse tout sur son passage. Exaltée, elle vit la vie avec passion, comme une aventure unique où l’art occupe la place centrale : musicienne, mais aussi un peu peintre, elle se donne entièrement. Mais cette exaltation ne laisse pas d’être inquiétante…

Voilà vraiment un très beau roman, imprégné de littérature, de poésie et de musique, qui nous offre à la fois une histoire d’amour fiévreuse et passionnée, extrêmement sensuelle, où éros et thanatos s’affrontent encore une fois, et une réflexion sur la possession, l’enthousiasme, ce « feu sacré » qui s’empare de certains : le « mal des ardents » que l’on appelle aussi ergotisme est une maladie provoquée par l’ergot du seigle ou d’autres céréales, et qui provoque des troubles parfois similaires à ceux de drogues comme le LSD ; mais il est aussi, finalement, métaphore de la création artistique la plus authentique, celle à laquelle s’abandonne totalement l’artiste, jusqu’à une certaine forme de folie. Tout cela donne un roman riche, intrigant et terriblement émouvant, souvent poétique, et très instructif car construit sur des recherches précises sur la maladie, mais aussi sur saint Antoine et l’art.

Bref, à lire !

Le Mal des Ardents
Frédéric ARIBIT
Belfond, 2017

1% Rentrée littéraire 2017 — 42/42
By Herisson

(2 commentaires)

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