Elle lit des essais

Histoire de la Rome Antique, de Lucien Jerphagnon

Histoire de la Rome Antique, de Lucien JerphagnonRares étaient les étudiants à qui l’histoire romaine avait laissé des souvenirs utilisables. Au départ, c’est-à-dire au lendemain du baccalauréat, tout semblait ramené, et parfois chez de bons esprits, à un espace-temps sans contours où tout pouvait arriver, sorte de nébuleuse où les faits, les dates, les textes s’inscrivaient au petit bonheur. Dans les tests de culture auxquels se soumettaient si gentiment mes élèves, il arrivait qu’on me situât Lucrèce au Moyen Âge — « peut-être avant », comme ajouta un scrupuleux que je félicitai. On hésitait sur Sénèque : avant ou après Jésus-Christ ? Peut-être au Bas-Empire, auquel cas il eût pu rencontrer saint Augustin ? Je n’invente rien. De tout cela, il ressortait que n’importe qui avait pu dire n’importe quoi à n’importe quel moment, ce qui ne retenait personne de parler du déterminisme historique ou du sens de l’Histoire, toutes choses sur quoi mon scepticisme m’interdit de prendre parti. Là aussi, il serait bon de se reprendre. Plutôt que de laisser élèves et étudiants se mouvoir dans un flou cinématographique, mieux vaudrait créer chez eux le besoin de la chronologie, hors de laquelle on ne brasse que des idées générales, autrement dit du vent. C’est donc par couches chronologiques que je procéderai ici, tout simplement parce qu’il n’y a pas trente-six façons de raconter une histoire.

Je ne sais pas pourquoi l’autre jour, avisant cet essai dans ma bibliothèque, j’ai eu envie de le relire. Il m’avait été conseillé par ma prof de latin lorsque je passais l’agreg, histoire de savoir un peu qui avait dit quoi à quelle époque, et j’y avais pris un vif plaisir. Mais ça commence à dater, et je me suis dit que ce serait bien de réactualiser un peu mes connaissances.

Jerphagnon part donc du fait que « la Rome antique » est mal connue, et que l’on a tendance à tout mélanger et à considérer des siècles d’histoire comme une nébuleuse indistincte, les Romains des origines étant comme les Romains du Bas-Empire. Or bien sûr rien n’est plus faux, et l’auteur prend donc le parti de nous raconter cette histoire, de façon accessible et claire.

La volonté est donc au départ pédagogique, et on peut dire que le pari est réussi : aussi complet que faire se peut, cet essai n’est pour autant pas un brin ennuyeux, au contraire, il est passionnant car Jerphagnon possède un véritable don de conteur et ne manque pas d’humour, et se révèle donc tout simplement indispensable non seulement pour connaître « la Rome antique » et tordre le cou à certaines idées fausses et certains préjugés (sur certains Empereurs mal aimés comme Tibère, Caligula ou Néron dont il faut remettre les actes dans leur contexte, mais aussi sur la conception même de la République et de l’Empire), mais aussi pour comprendre le présent, car nos racines sont bel et bien romaines, et il ne nous reste pas de cette époque seulement certains éléments tangibles, aqueducs et monuments, noms de mois et expressions courantes (passer sous les fourches caudines, une victoire à la Pyrrhus, s’endormir dans les délices de Capoue, franchir le Rubicon), scènes fondatrices que l’on retrouve dans l’histoire des arts : il nous en reste aussi, à mon sens, une certaine manière de voir le monde.

Passionnant donc (surtout la première partie : pour moi, à partir de cette andouille de Constantin*, tout par en capilotade et ce n’est plus Rome), cet essai s’intéresse beaucoup, outre la vie politique, aux arts, à la littérature et à la philosophie. Il est donc totalement incontournable !

Histoire de la Rome antique – Les armes et les mots
Lucien JERPHAGNON
Tallandier, 1987, rééd. 2002 (Pluriel, 2010)

* La conversion de Constantin est d’ailleurs un de mes points uchroniques, c’est-à-dire un des points de basculement de l’histoire dont je me demande toujours à quoi ressemblerait le monde si les choses s’étaient passées autrement. Je m’interroge donc : que serait le monde d’aujourd’hui si Constantin ne s’était pas converti au christianisme ?

(2 commentaires)

  1. Sacré Constantin! Non mais quelle idée de se convertir au christianisme?! 😁 J’ai fait du latin en 4ème et en 3ème et je dois dire que c’est très, très loin tout ça… Il serait peut-être temps pour moi aussi de réactualiser mes connaissances.

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