Elle lit des romans

Presqu’île, de Vincent Jolit

Presqu'île, de Vincent JolitUne succession de scènes, en somme, entre lesquelles le rideau tombe pour cacher le drame qui continue à être joué. En quoi, alors, les trois souvenirs — les primitifs, ceux que je croyais particuliers, singuliers, hors catégorie — se distinguent-ils ? En rien. Ou peut-être que si : je ne peux pas remplir le vide qui les sépare, je suis incapable de concevoir ce que j’étais entre chacun d’eux, tandis qu’après eux — à partir d’un certain point indéfinissable, inconnu, imperceptible, un point perdu pour toujours — il m’est possible d’imaginer ma vie oubliée. Existe un moment à compter duquel je peux supposer les espaces entre les souvenirs, donc les inventer, certainement les romancer, mais en collant au probable, en me laissant guider par ce que je connais globalement de mon enfance pour élaborer ce qui a dû se passer.

Voilà un roman de la rentrée littéraire dont on a assez peu parlé, et que j’avais pourtant très envie de découvrir, parce qu’il parle de la mémoire, thématique qui me fascine (ce qui tombe bien, car c’est un sujet que les écrivains adorent interroger).

Son corps étant immobilisé sur un lit d’hôpital, l’esprit du narrateur le transporte dans l’ailleurs passé de la presqu’île, de l’enfance et de sa grand-mère…

Placé sous le signe de Proust, ce roman fonctionne comme un palais de mémoire, où le palais est remplacé par la maison de la grand-mère : chaque pièce est l’occasion du surgissement des souvenirs, toujours fragmentaires et lacunaires, mais éminemment sensuels : la vue de la mer, mais aussi les goûts, les odeurs et les bruits, qui permettent au narrateur d’échapper à la sombre réalité et de se réfugier dans le paradis de l’enfance. Très bien écrit, il se révèle à l’occasion poétique, et touchant. Mais. Si certaines pages, notamment sur l’écriture et la mémoire, m’ont beaucoup intéressée, l’ensemble m’a plutôt ennuyée : je pense qu’il manque un vrai fil narratif, plus tenu que simplement le surgissement de souvenirs d’enfance, qui finissent par être lassant. C’est un peu dommage !

Presqu’île
Vincent JOLIT
Fayard, 2017

1% Rentrée littéraire 2017 — 34/36
By Herisson

(2 commentaires)

  1. J’ai vu passer en vitesse ce lien sur FB et j’ai cru que tu faisais un billet sur le livre de Gracq !
    Bon… pas pareil…
    C’est une belle histoire, mais je ne la noterai pas pour l’instant.

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