Elle lit des romans

Un personnage de roman, de Philippe Besson

Un personnage de roman, de Philippe BessonEt puisque j’évoque un personnage, il est tentant d’aller débusquer un référent littéraire. Qui serait-il ? Frédéric Moreau, le jeune provincial monté à la capitale, décrit par Flaubert dans l’Education sentimentale ? Comme lui, il est confronté aux révolutions d’un monde qui hésite entre plusieurs régimes politiques, mais à l’inverse de lui, il n’aime pas désirer en vain et ses rêves ne le détournent pas de l’action. Adolphe, inventé par Benjamin Constant ? Il en a probablement l’intelligence supérieure et le penchant pour une femme plus âgée mais il n’est pas aussi changeant, aussi indécis que lui. Eugène de Rastignac, le jeune loup aux dents longues imaginé par Balzac ? Banquier, comme lui. Libéral, comme lui. Mais il ne me semble pas prêt à tout pour parvenir à ses fins, pas avoir son cynisme. Julien Sorel, alors, le jeune héros stendhalien, beau et ambitieux ? Il en a la fougue romantique, le goût de la séduction, la volonté du combat. Mourra-t-il aussi dignement sur l’échafaud ? Fabrice del Dongo (autre figure de Stendhal), au naturel ardent, indépendant et rêveur, qui brave l’autorité du père, devient guerrier et lutte contre l’ordre ancien ? Sauf que j’ai du mal à l’imaginer heureux dans l’emprisonnement. Mais qui sait où se niche le bonheur. 

Le sujet m’intéresse, je lis toujours ce qu’écrit Philippe Besson, donc voilà…

L’histoire, on la connaît, on l’a vécue : c’est celle d’un homme, Emmanuel M., qui alors que rien ne pouvait le laisser prévoir, devient président. L’histoire d’une aventure, d’une espérance et d’un destin. C’est le journal de campagne d’un écrivain, au coeur des événements, observant les événements à travers le prisme littéraire.

Même si Philippe Besson est proche d’Emmanuel M. et de Brigitte, il ne s’agit pas là d’une hagiographie, ni même d’une historiographie, encore moins de propagande : c’est le regard qu’un écrivain porte sur un personnage dont on peut dire beaucoup de choses, mais dont on ne peut nier que le parcours est étonnant : l’enjeu est donc avant tout littéraire, et d’ailleurs souvent le roman se fait auto-réflexif — comment l’écrire ? Et surtout : qu’est-ce qu’il y a chez cet homme qui lui permet de réussir ce pari fou, et d’avoir fait que l’on y croie ? Héros prométhéen, héros romantique (une force qui va), héros épique ? Peut-être du Dom Juan, aussi, que Brigitte aime Parce qu'[il] sait qu’il va mourir et il y va. Besson est conscient des risques de son entreprise, ne cherche nullement l’objectivité mais tout de même, note je sais parfaitement que le risque existe que je cède à la séduction, que je sois instrumentalisé, voire manipulé.  Il n’y cède pas : ce n’est pas la fascination aveugle qui le guide, mais un réel intérêt pour la personne (il ne parle pas de politique, ce n’est pas son objet), intérêt qui prend en compte avec lucidité les ambiguïtés du personnages, dont il pointe parfois avec sévérité les erreurs et les faiblesses. Il manie aussi beaucoup le sarcasme, et certains (qui du reste le méritent souvent) sont assaisonnés aux petits oignons. Et, évidemment, multiplie les références littéraires.

Reste que ce roman n’est, évidemment, pas ce que Besson a écrit de mieux dans sa vie, on n’en ressort ni bouleversé ni transfiguré (encore que certaines coïncidences troublantes m’ont laissée songeuse). Mais c’est intéressant, d’abord de suivre de l’intérieur cette campagne, mais aussi parce que quand même, dans cette histoire, je ne peux m’empêcher de voir partout l’empreinte de la Providence, dans la manière dont tout se met en place au mépris du vraisemblable et du probable, et parfois à l’insu et malgré le héros lui-même. La littérature, c’est donner à la vie la cohérence qu’elle n’a pas pour en faire un destin : ici, nul besoin, car parfois la vie a bien plus d’imagination qu’un romancier ou les scénaristes de House of cards !

(Au passage, sur le même personnage, je vous conseille la lecture de la nouvelle écrite par Didier van Cauwelaert pour les 40 ans de VSD, « Immortel Macron » : c’est drôle drôle drôle) !

Un personnage de roman
Philippe BESSON
Julliard, 2017

 1% Rentrée littéraire 2017 — 30/30
By Herisson

(17 commentaires)

  1. Je ne sais pas, j’hésite… En effet, on voit assez bien comment on peut faire de Macron un personnage de roman. Mais, quoi que tu en dises, j’ai un peu peur de l’hagiographie…

    Aimé par 1 personne

  2. Je n’ai lu qu’un seul roman de Besson « vivre vite », moyen à mon avis, je n’ai du coup pas retenter l’aventure… Le sujet de son nouveau roman étant Macron, moi franchement, je t’avouerai que ce n’est pas un personnage que je souhaite découvrir davantage, nous en parlons déjà assez, beaucoup de livres, de reportage de campagne. Et toute cette fascination pour son couple me gave… Je préfère les personnages plus marqués, qui ont eu à se battre pour accéder au pouvoir. Tu vois un type comme Poutine est un personnage de roman… Même si je ne suis pas fan de l’homme. Mais merci pour ton retour qui m’a fait découvrir ce roman!

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  3. Oui : alors, il faudrait revoir « Un temps de président » pour comprendre que TOUT était prévu et que le reste n’est que fiction… ou plutôt storytelling (c’est même d’ailleurs ce qu’il y a de plus fascinant parce que bon, le reste…)

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  4. Tout à fait d’accord avec Emma, tout était prévu, le reste n’est que fiction, et pour s’en convaincre, il suffit de lire ce qu’en dit la journaliste Aude Lancelin sur Mediapart https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/210417/macron-un-putsch-du-cac-40-par-aude-lancelin : des faits, des évidences, qui n’ont rien à voir avec de fumeuses théories du complot. Après, on a parfaitement le droit de préférer le storytelling 🙂

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