Elle lit des romans

Le Songe du photographe, de Patricia Reznikov

Le Songe du photographe, de Patricia ReznikovChaque ligne que j’écris, je la leur dois. Si chaque mot, tiré de mon misérable petit tas de secrets, se métamorphose en gemme, en cristal, si je suis capable aujourd’hui de m’adresser à mes semblables, c’est grâce à eux. Ils ont fait de moi un homme. Un Mensch, comme dirait Magda. Ils avaient ce pouvoir de semer de la poésie partout où ils mettaient les pieds et de convoquer la vie même. Grâce à eux, la beauté aura poussé dans mon coeur.

J’avais été très touchée par le précédent roman de Patricia Reznikov, La Transcendante, et c’est donc fort logiquement que j’ai eu envie de découvrir son dernier roman, d’autant que le résumé était particulièrement alléchant !

La vie de Joseph, lycéen de 15 ans délaissé par ses parents, bascule un jour de novembre 1977, lorsqu’il est en quelque sorte adopté par une tribu d’artistes bohèmes et cosmopolites. Tous sont des exilés, aux histoires douloureuses : Angel le peintre cubain, Magda la viennoise, Serguei le vieux russe, la mystérieuse Dorika, et Sándor, le hongrois, qui initie Joseph à la photographie.

Un très très beau roman initiatique, plein d’humanité et de beaux personnages, qui déverse dans le coeur du lecteur la mélancolie d’un monde enfui et les soubresauts de la vieille Europe qui se disloque dans la violence, les horreurs du nazisme, les horreurs du communisme. Tous ces personnages qui offrent à Joseph la famille qu’il n’avait pas vraiment, profonds et généreux, sont liés par-delà leurs histoires singulières mais toutes tragiques, par leur expérience commune de la perte et de l’exil, qui sera aussi, finalement, celle de Joseph qui perd son enfance et son innocence — comme nous tous, ce qui donne à ce roman un sens symbolique très fort. Construit sur deux temporalités, le passé et le présent dans lequel Joseph se rend tour à tour à Budapest, à Vienne et à Cologne pour une raison que nous ne comprendrons qu’à la fin, le roman est aussi un magnifique hommage à la photographie — écrire la lumière — et à son pouvoir, et à la création.

Une très très belle lecture donc, un roman plein de délicatesse et de sensibilité, subtilement écrit, lumineux, une belle réflexion sur le monde : je recommande chaudement !

Le Songe du photographe
Patricia REZNIKOV
Albin Michel, 2017

 1% Rentrée littéraire 2017 — 16/18
By Herisson

(2 commentaires)

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