Romans

Le Ciel ne parle pas, de Morgan Sportès

Le Ciel ne parle pas, de Morgan SportèsLa vision du père Ferreira, pendu par les pieds, comme un cochon, dans une fosse obscure, geignant, saignant, me poursuivit sans relâche quand, presque quatre siècles plus tard, j’arpentai sur ses introuvables traces rues et ruelles de Nagasaki. C’est là, en effet, qu’il subit son supplice… La ville est construite sur les flancs de multiples collines humides, vertes, cernant, comme les gradins d’un cirque, une vaste baie où s’ennuient des cargos, où s’ennuyaient des jonques jadis. C’est chose éreintante aussi que d’y flâner, car on ne cesse de monter et descendre des escaliers de pierre multiséculaires, souvent à pic. Au sommet des collines se trouvent d’antiques cimetières, aux tombes de granit gris, mangées de mousse. C’est dans un de ces cimetières, celui du temple zen Kodai-ji, qu’aurait été enterré Ferreira, en mille six cent cinquante, presque vingt ans après son apostasie. Il s’était converti au bouddhisme : par diplomatie ou par conviction ?

C’est par ce roman historique, qui lève le voile sur des faits assez méconnus (en tout cas méconnus de moi), que j’ai choisi d’ouvrir le bal de la rentrée littéraire 2017.

Un roman difficile à résumer, mais qui suit les traces de Christóvão Ferreira, jésuite portugais dont la mission est d’évangéliser le Japon et qui, suite aux persécutions subies par les Chrétiens, apostasie le catholicisme et se convertit au bouddhisme, devenant dès lors un ennemi de son ancienne religion.

Résolument passionnant d’un point de vue historique et culturel (et également théologique), le roman nous conduit donc dans ce Japon du XVIIe siècle où s’affrontent le commerce et les intérêts économiques : si les japonnais acceptent de faire des affaires avec les Portugais et les Hollandais, ils refusent en revanche le prosélytisme des premiers, et qu’on leur impose une religion pas du tout adaptée à leur moeurs, et qui sème la pagaille par son intolérance (ce qui est d’ailleurs exactement la raison pour laquelle les Romains ont persécuté les premiers chrétiens). Le tout est assorti d’une véritable poétique du supplice : l’imagination des Japonais en la matière est assez fascinante. Si la narration manque parfois un peu de souffle et donne l’impression de lire un livre d’histoire plus qu’un roman, l’ensemble reste plaisant à lire grâce au regard du narrateur, plein d’humour noir et de sarcasme. Surtout, il pose des questions on ne peut plus actuelles, sur la religion et l’argent, le choc des civilisations, et la souveraineté des Etats, car, malgré le caractère très violent de leur réaction de protection, l’attitude des Japonais est assez compréhensible. Reste Ferreira, énigmatique jusqu’au bout, et dont on ne saura finalement jamais s’il s’est converti par lâcheté, ou simplement parce que ses distances avec la religion catholique étaient déjà trop grandes.

Bref, un roman extrêmement instructif, et qui à travers l’histoire permet de réfléchir au monde actuel.

Le Ciel ne parle pas
Morgan SPORTÈS
Fayard, 2017

1% Rentrée littéraire 2017 — 1/6
By Herisson

12 réflexions sur “Le Ciel ne parle pas, de Morgan Sportès

  1. Je n’ai pas du tout apprécié le ton et l’humour de l’auteur. Certes, il connaît son sujet, mais ces martyres méritent-ils autant de railleries ? Je ne suis pas croyante du tout, mais cette façon de se moquer sans cesse est très vite lassante. Je n’ai pas trouvé ça drôle du tout.
    Et puis cette accumulation de points d’exclamation, d’italiques et de parenthèses qui soulignent des effets que le style ne parvient pas à faire sentir, c’est très lourd.
    J’avais apprécié le précédent roman de Sportès et suis donc d’autant plus déçue.
    Et le sujet est déjà pas mal connu, notamment grâce au film de Scorsese dernièrement, lui-même adapté d’un roman japonais de Shuzaku Endô (que j’ai lu et qui est autrement intéressant…).

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  2. Ça rappelle vraiment le film de Martin Scorsese « Silence » sorti cet hiver. J’avais appris moi aussi cette partie de l’histoire que je ne connaissais pas et avait été fascinée de ce que la force de la foi faisait accepter à ces jésuites. Fascinant…

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