Elle regarde la télé

Glow, de Liz Flahive et Carly Mensch

Glow, de Liz Flahive et Carly MenschDans ce monde, il y a de bonnes personnes, et de mauvaises personnes…

Dans l’article « Le Monde où l’on catche » de ses Mythologies, Roland Barthes analyse la dimension spectaculaire du catch, qu’il compare au théâtre et notamment, dans ses excès, au théâtre antique. Il écrit : « Cette fonction d’emphase est bien la même que celle du théâtre antique, dont le ressort, la langue et les accessoires (masques et cothurnes) concouraient à l’explication exagérément visible d’une Nécessite ». Partant, dans le catch, tout est signe, à commencer par le physique et le costume des acteurs, dont le combat est finalement manichéen, essentiellement dans le catch américain, « sorte de combat mythologique entre le Bien et le Mal (de nature parapolitique, le mauvais catcheur étant toujours censé être un Rouge) ».

Lorsque j’avais une dizaine d’années, je n’avais bien sûr pas lu Barthes, mais j’aimais bien regarder cette émission qui passait sur Canal+ en clair le dimanche, « Les rois du catch » ; je regardais avec mon père, qui m’avait bien expliqué que c’était tout du chiqué, et je crois que c’est ce qui me fascinait dans tout ça : la mise en scène. Après, je suis passée à d’autres centres d’intérêts, mais enfin, j’étais tout de même très curieuse de voir cette série.

Ruth est une actrice peu conventionnelle, ce qui fait qu’elle loupe tous ses castings. Jusqu’au jour où elle est auditionnée pour un projet un peut particulier : une émission de catch féminin, GLOW (Gorgeous Ladies Of Wrestling).

Ce qui est fascinant dans cette série, outre qu’on peut entièrement la lire à la lumière de l’article de Barthes, c’est comment, à partir d’un projet évidemment sexiste (un spectacle de femmes qui se battent pour réveiller la libido masculine) émerge quelque chose de profondément féministe et plus généralement assez politique, en pointant la manière dont le spectacle se construit sur des stéréotypes, notamment ethniques : Arthie, qui est Indienne, accepte de se transformer en “Beirut the Mad Bomber” ; Tammé, noire, devient “The Welfare Queen”, la reine des allocs ; quant à Ruth, elle incarne l’honnie URSS (on est dans les années 80). Face à toutes ces méchantes, la Reine Amérique est elle incarnée par une blonde au costume de Wonder Woman. Mais c’est du spectacle, et finalement les stéréotypes sont tellement surjoués qu’ils en sont désamorcés, d’autant qu’au fil des épisodes, malgré leurs différences, les filles arrivent à se construire comme groupe et à s’émanciper, chacune à sa manière. Une tribu d’amazones !

Cela donne au final une série très agréable à regarder, les épisodes sont assez court ce qui permet un rythme soutenu, et certaines scènes sont vraiment un régal pour les yeux !

Glow
Liz FLAHIVE et Carly MENSH
Netflix, 2017 – en 29cours de production

 

4 réflexions sur “Glow, de Liz Flahive et Carly Mensch

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