Essais

Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe de Chimamanda Ngozi Adichie

Nous sommes tous des féministes, de Chimamanda Ngozi AdichieSi elle aime le maquillage, laisse-la en porter. Si elle aime la mode, laisse-la choisir ses tenues avec soin. Mais si elle n’aime rien de tout ça, laisse-la faire comme elle veut. Ne pense pas que lui donner une éducation féministe implique de la contraindre à refuser la féminité. Le féminisme et la féminité ne sont pas incompatibles. Prétendre le contraire, c’est misogyne. Malheureusement, les femmes ont appris à avoir honte et à s’excuser de s’intéresser à des choses considérées comme traditionnellement féminines, comme la mode ou le maquillage. Notre société n’attend pourtant pas d’excuses de la part des hommes qui ont des centres d’intérêt considérés comme typiquement masculins — les voitures de sport ou certains sports professionnels. De la même façon, un homme qui soigne son apparence n’est jamais suspect de la même manière qu’une femme qui soigne son apparence : un homme bien habillé n’a pas à redouter que, parce qu’il est bien habillé, on puisse en tirer des conclusions sur son intelligence, ses compétences ou son sérieux. Une femme, en revanche, aura toujours conscience qu’un rouge à lèvres de couleur vive ou une tenue raffinée peuvent très bien conduire les autres à penser qu’elle est frivole. 

Voici le dernier né des textes féministes de Chimamanda Ngozi Adichie.

Il s’agit d’une réponse en 15 propositions à la sollicitation d’une amie, qui lui demande comment donner une éducation féministe à sa petite fille qui vient de naître. Cette lettre permet en même temps à Adichie de structurer sa pensée féministe.

Toutes ces propositions, dans l’ensemble, reposent surtout sur le bon sens : être une personne pleine et entière et pas seulement une mère ; laisser sa place au père ; supprimer tous les rôles de genre ; refuser le « féminisme light » (qui consiste finalement à accepter comme une donnée de départ que les hommes sont supérieurs aux femmes ; lui faire lire des livres ; lui apprendre à questionner le sens des mots ; ne pas lui présenter le mariage comme un accomplissement ; lui apprendre à ne pas se soucier de plaire ; lui donner le sentiment de son identité ; la laisser gérer son apparence physique ; la pousser à questionner les normes ; lui parler de sexe ; lui parler aussi d’amour ; éviter le manichéisme ; accepter la différence.

Finalement, plus que féministe, j’aurais envie de qualifier cette éducation d’humaniste, car elle cherche finalement à former un individu heureux et complet, qui est vraiment lui-même. Le tout avec un humour mordant (savoir cuisiner n’est pas une compétence préinstallée dans le vagin) et beaucoup d’anecdotes. Il n’y a qu’un point sur lequel je ne suis pas d’accord avec Adichie, c’est la galanterie, mais sinon, encore une fois, cela faisait longtemps que je n’avais pas lu quelque chose d’aussi éclairant, intelligent, convaincant sur ce sujet !

Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe
Chimamanda NGOZI ADICHIE
Traduit de l’anglais (Nigeria) par Marguerite Capelle
Gallimard, 2017

10 réflexions sur “Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe de Chimamanda Ngozi Adichie

  1. J’avais commencé une ébauche d’article sur l’opposition entre la maternité et la féminité forcément j’ai fini par parler d’éducation mais je n’avais pas fait le lien avec le féminisme: ton article est très éclairant. J’aime cette idée d’éducation humaniste qui résume très bien le propos de Chimamanda.
    Bonne continuation

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