Elle lit des essais

Nous sommes tous des féministes, de Chimamanda Ngozi Adichie

Nous sommes tous des féministes, de Chimamanda Ngozi AdichieLes hommes et les femmes sont différents. Nous n’avons ni les mêmes hormones, ni les mêmes organes génitaux, ni les mêmes capacités biologiques — les femmes peuvent avoir des enfants, les hommes non. Les hommes sécrètent de la testostérone et sont généralement plus forts physiquement que les femmes. Il y a un peu plus de femmes que d’hommes dans le monde — elles constituent cinquante deux pour cent de la population mondiale —, pourtant les hommes occupent la plupart des postes importants ou prestigieux. Feu Wangari Maathai, lauréate kényane du prix Nobel de la paix, l’a résumé par une formule aussi simple que percutante : « Plus on s’élève dans l’échelle sociale, moins il y a de femmes. »

La lecture de la formidable nouvelle de Chimamanda Ngozi Adichie dans le dernier numéro d’America m’a opportunément rappelé que, depuis Americanah, j’avais envie de lire d’autres de ses textes, et notamment ses essais sur le féminisme, ce qui tombe bien car l’un d’entre eux vient de paraître. Mais soyons logiques, et commençons par We should all be feminists, soit Nous devrions tous être féministes.

Il s’agit de la version remaniée d’une conférence donnée en 2012 au TEDxEuston, un colloque annuel sur l’Afrique, dans lequel Adichie explique que nous devrions tous, hommes comme femmes, être féministes, car le féminisme libère finalement tous les individus. L’édition comporte un deuxième texte, « les marieuses », dans lequel, suite à un mariage arrangé au Nigéria, la narratrice vient d’arriver à New-York avec son « mari tout neuf », et découvre un nouveau monde.

L’essai We should all be feminists, travaillé par un humour souvent assez sarcastique et émaillé d’anecdotes personnelles, est sans doute ce que j’ai lu de plus intelligent sur le sujet depuis bien longtemps. Adichie part de l’idée que, pour bien des gens, le mot « féministe » est chargé de connotations négatives : les féministes sont malheureuses car elles ne trouvent pas de mari, il s’agit de toute façon d’un concept occidental teinté de colonialisme, et les féministes haïssent les hommes. Adichie, qui se revendique féministe africaine heureuse qui ne déteste pas les hommes, entend donc montrer combien, au contraire, le féminisme est indispensable à l’épanouissement de tous, et qu’il y a encore du travail, au Nigeria évidemment (où une femme, par exemple, ne peut pas réserver une chambre d’hôtel toute seule), mais aussi aux Etats-Unis et dans les pays occidentaux, à des degrés divers. Elle rêve d’un monde plus équitable pour tous : des hommes qui ne sont plus écrasés par l’impératif de virilité, des femmes libres. Et, bien sûr, pour que chacun puisse être lui-même, tout repose sur l’éducation, et c’est donc évidemment un problème qui nous concerne tous.

Le féminisme d’Adichie me parle, car il ne contraint pas les femmes à gommer leurs différences avec les hommes, et il n’est pas incompatible avec la féminité, au contraire : Adichie revendique aimer les vêtements, le maquillage et les talons hauts, et cela ne fait pas d’elle une mauvaise féministe voire une traître à la cause.

Quant à la nouvelle, elle est très intéressante : il y est question d’émancipation, d’identité et d’intégration. A lire par curiosité, mais ce qu’il faut absolument lire, c’est l’essai !

Nous sommes tous des féministes
Chimamanda NGOZI ADICHIE
Traduit de l’anglais (Nigeria) par Sylvie Schneiter et Mona de Pracontal
Gallimard, 2013/2015

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