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Hors Programme, de Kiki Dimoula

Hors Programme, de Kiki DimoulaJ’en connais un rayon sur ce grand monsieur qu’on appelle bonheur. Il me tape sur les nerfs avec tout ce qu’il soutient pour se justifier de m’avoir posé des lapins. Que soi-disant il est venu mais que moi j’avais l’esprit à ceci ou cela, tandis que lui m’attendait à ceci ou cela, et me les ayant fixées il m’attendait à des choses qui ne pouvaient se produire précisément là où j’avais l’esprit. Et c’était, dit-il, la raison pour laquelle j’étais passée à côté. Une autre fois il prétend qu’il est venu, qu’il est resté en dehors des histoires où j’étais déjà entrée, il avait envie de sauter par la fenêtre pour entrer, mais ma méfiance était si surélevée qu’il n’a pas osé. Autre excuse tirée par les cheveux : que j’ai frappé trop doucement à sa porte et il ne m’a pas entendue ou bien j’ai frappé trop fort, il a eu peur et n’a pas ouvert, et aussi, quel menteur mon Dieu, que j’ai frappé par erreur à la porte d’à côté et, voyant que je tardais, il en a conclu que mon erreur avait tourné à mon avantage et n’a pas voulu la réparer.

J’ai lu Homère, Sophocle, Eschyle, Euripide, Aristote, Platon… mais la littérature grecque moderne, c’est un euphémisme de dire que je n’y connais rien, à part un peu Cavafy et Nikos Kazantsakis. Pourtant, elle regorge de pépites. Faire découvrir cette littérature qui peine du reste à trouver des éditeurs en France, même lorsqu’il s’agit d’auteurs très connus dans leur pays, c’est la mission que s’est donnée Simone Taillefer avec les éditions Monemvassia, au sein desquelles elle assure pour l’instant toutes les tâches, afin que les lecteurs français puissent connaître ces auteurs, comme Kiki Dimoula qui, à 85 ans, est une véritable icône dans son pays, que les gens reconnaissent dans la rue et à qui ils demandent des autographes. Plusieurs de ses recueils de poèmes sont traduits en français : entre autres Le peu du monde et Je te salue jamais chez Gallimard, traduits par Michel Volkovitch. Mais son unique recueil de prose ne l’était pas. C’est désormais chose faite.

Hors Programme est un ensemble de 43 très courtes nouvelles précédées d’un « épilogue », ce qui peut étonner mais justement l’auteure y justifie le choix de ce terme en lieu et place de l’attendu « prologue ». Ces textes ont été écrits pour une revue dans les années 60, mais elle a accepté de les publier à part seulement en 2002, tant ils constituent un hapax dans sa production littéraire exclusivement consacrée à la poésie.

Et pourtant, de la poésie, il n’en manque pas dans ces microfictions où la vie est saisie dans ses petits instants. La mémoire, la famille, la mort, tels sont les motifs qui dominent tout le recueil, motifs universels vus ici dans les yeux d’une narratrice toujours un peu la même, toujours un peu une autre. Des personnages simples, dont la vie n’a vie n’a rien d’exceptionnel, mais qui, l’espace de quelques lignes, traversent la notre.

Une belle découverte, une lecture très intéressante, même si j’ai été assez surprise, finalement, par la quasi-absence de référents mythologiques : moi dont la vision du monde est totalement imprégnée de l’esprit des anciens grecs, je pensais que ce ne pouvait être qu’encore plus le cas pour quelqu’un qui vit dans ce pays. Et bien, pas forcément ! En tout cas, je ne peux que vous inviter à le découvrir à votre tour !

Hors Programme
Kiki DIMOULA
Traduit du grec par Simone Taillefer
Monemvassia, 2016

2 réflexions sur “Hors Programme, de Kiki Dimoula

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