Elle lit des textes biographiques et autobiographiques

Le Livre de l’intranquillité de Bernardo Soares, de Fernando Pessoa

Le Livre de l'intranquillité de Bernardo Soares, de Fernando PessoaDans ces impressions décousues, sans lien entre elles (et je n’en souhaite pas non plus), je raconte avec indifférence mon autobiographie sans événements, mon histoire sans vie. Ce sont mes Confessions, et si je n’y dis rien, c’est que je n’ai rien à dire.

Cela fait des années que je tourne autour de ce monument non seulement de la littérature portugaise, mais de la littérature mondiale, tombant à l’occasion sur un extrait qui m’illumine, mais sans jamais oser m’attaquer à l’ensemble. Faute de temps, de disponibilité aussi. Mais voilà : si, cette année, c’est à Lisbonne que j’ai décidé de poser quelques jours mes valises et mon âme, c’est par désir littéraire, désir de Pessoa. C’est que le moment était enfin venu de rencontrer vraiment ce livre.

Livre ? Voilà plutôt un « anti-livre » composé de fragments discontinus et sans ordre apparent, « journal de bord d’une vie spirituelle ardente » comme le dit l’introduction de Robert Bréchon. Un journal, mais celui d’une âme, et pas du tout d’un être à la vie pleine d’événements.

C’est un livre qui se lit lentement, tranquillement, fragment par fragment, pour que les mots puissent faire leur chemin dans notre âme. Souvent, on lève les yeux pour méditer ce qui vient d’être lu dans ces pages qui dégagent une profonde profonde mélancolie, une fatigue existentielle, un Ennui indicible. Pessoa se sent totalement étrange et indifférent par rapport au reste de l’humanité et au réel, il préfère la rêverie et l’écriture à la vie vécue, toujours décevante, et le fantasme à la sensation, l’esprit à la chair, la contemplation à l’action car finalement seul existe son monde intérieur, et encore : c’est une étrange manière d’être au monde, parfois déconcertante, à l’occasion contradictoire d’un fragment à l’autre mais finalement pas incohérente car l’être est instable et d’un jour à l’autre il n’est pas tout à fait la même personne ; toujours triste : Pessoa qualifie son oeuvre de « livre le plus triste du Portugal ». Exhalant la saudade, parfois mystique, il est émaillé de passages d’une beauté saisissante que l’on voudrait apprendre par coeur pour les avoir toujours avec soi.

Dans ce livre, Pessoa accomplit l’exploit d’être à la fois baroque (le mot « baroque » vient d’ailleurs du portugais « barroco » qui signifie « perle irrégulière »), quelque chose entre Shakespeare et Calderón dans cette manière de considérer la vie comme un songe, romantique et baudelairien, une âme trop grande dans un monde trop petit, et post-moderne avant l’heure, avec cette écriture fragmentaire et la remise en cause du réel au profit des mondes possibles de la rêverie.

Cela en fait une oeuvre inclassable, y compris sur le plan générique : poésie ? autobiographie ? philosophie ? Un peu de tout ça, et en même temps pas vraiment. Mais peu importe : c’est une oeuvre absolument sublime, qu’il faut lire absolument, sans doute pas trop tôt dans la vie car je pense qu’il faut avoir vécu et été désenchanté pour en saisir toute la profondeur !

Le Livre de l’intranquillité de Bernardo Soares
Fernando PESSOA
Traduit du portugais par Françoise LAYE
Christian BOURGOIS, 1999

Une nouvelle édition devait paraître à la rentrée aux éditions de La Différence malheureusement, ces dernières étant en liquidation judiciaire, cette oeuvre ne verra pas le jour, en tout cas pour le moment…

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