Romans

Les filles au lion, de Jessie Burton

Les filles au lion, de Jessie BurtonOn ne connaît pas forcément le sort qu’on mérite. Les moments qui changent une vie — une conversation avec un inconnu à bord d’un bateau par exemple — doivent tout au hasard. Et pourtant, personne ne vous écrit une lettre, ou ne vous choisit comme ami, sans une bonne raison. C’est ça qu’elle m’a appris : vous devez être prêt à avoir de la chance. Vous devez avancer vos pions.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas englouti un roman de 500p en une journée. C’est pourtant ce qui est arrivé avec ce thriller historico-artistique en lice pour le Prix Relay des voyageurs 2017, et que j’ai lu avidement entre ma chaise longue et mon lit.

Cela fait cinq ans qu’Odelle a quitté Trinidad pour Londres, espérant y trouver les choses importantes : la culture, l’histoire et l’art. Mais malgré son diplôme de littérature anglaise la couleur de sa peau fait que, dans l’Angleterre de la fin des années 60, elle ne trouve pas de travail à sa hauteur, et doit se contenter d’un poste de vendeuse dans un magasin de chaussures, où elle s’ennuie. Jusqu’au jour où Marjorie Quick lui donne sa chance et l’engage comme secrétaire au Skelton Institute : pour Odelle, c’est le début d’une aventure au cours de laquelle elle se lancera sur la piste d’un mystérieux tableau, et se trouvera enfin comme écrivaine…

Il y a beaucoup de choses dans ce riche roman qui mêle deux temporalités, celle du Londres des années 60 et celle de l’Espagne au début de la guerre civile. Exil, colonialisme, racisme, mais surtout art et création : Ars vincit omnia affirme la devise inscrite en lettres d’or au fronton du Skelton Institute, et de fait, l’art et la culture sont au coeur de cette histoire : si Odelle est écrivain, on nous parle surtout de peinture, puisque l’intrigue tourne autour d’un prodigieux et mystérieux tableau : la reconnaissance tue-t-elle la liberté ? Comment naît la valeur d’une oeuvre — et d’un peintre ? Comment créer lorsqu’on est une femme ?

Finalement, la dimension d’enquête n’est pas ce qui est le plus important même si c’est évidemment intéressant et qu’on veut connaître le fin mot de l’histoire du tableau (j’avais néanmoins plus ou moins saisi très rapidement les tenants et les aboutissants alors que je suis assez peu perspicace en général), en revanche toutes les interrogations sur la pulsion créatrice, son lien avec le désir, et la création féminine, m’ont passionnée, non sans me rappeler d’ailleurs le prodigieux Un Monde Flamboyant de Siri Hustvedt ou Big Eyes de Tim Burton.

Bref un très beau roman, dont on tourne les pages sans pouvoir s’arrêter, riche et parfaitement maîtrisé : une lecture parfaite pour l’été, que je recommande chaudement !

Les filles au lion
Jessie BURTON
Traduit de l’anglais par Jean Esch
Gallimard, 2017

 En lice pour le Prix Relay des voyageurs 2017 

15 réflexions sur “Les filles au lion, de Jessie Burton

  1. J’ai lu « Le miniaturiste » avec beaucoup de plaisir. J’avais lu plusieurs critiques de son nouveau roman sans jamais être attirée mais tu me fais douter, je vais peut-être me laissée tenter….

    Aimé par 1 personne

  2. Dévoré moi aussi ! J’avais adoré Miniaturiste . Mon poussin numéro 1 a lu
    les deux romans à la suite il y a peu de temps et m’en parle sans arrêt.

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  3. Pingback: Prix Relay des voyageurs-lecteurs 2017 : bilan de lectures | Cultur'elle

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