Romans

La nuit je mens, de Cathy Galliègue

La nuit je mens de Cathy GalliègueLa pluie a cessé de tomber et la nuit est arrivée. Le réverbère du boulevard envoyait une lueur douce sur la place que Guillaume occupait avant, sur ce divan devenu son radeau, là où était sa place. J’ai caressé le tissu en fermant les yeux. En remerciant la fatalité qui éloignait Gaspard de chez nous pour la nuit. Comment aurais-je pu lui expliquer, sinon ? Comment aurait-il pu comprendre ? Et puis je me suis allongée, dans la pénombre. Serrant entre mes bras le coussin. Laissant la nuit s’enrouler autour de nous, les souvenirs affluer et me souffler d’infinis détails. Des choses de rien. La position de ses doigts sur son crayon de papier. La forme de ses orteils. Le bruit de ses dents sur la fourchette. Le duvet de sa nuque. Et sa voix. Comment l’oublier, sa voix ?

Comment résister à un roman qui a pour titre une chanson de Bashung ?

Mathilde est heureuse avec Gaspard, qui a bien des égards est un homme parfait, délicat, et qui aime la vie. Pas comme Guillaume, son premier amour, totalement inadapté au réel. Mais voilà : la nuit, Guillaume se met à hanter les rêves de Mathilde, avant de s’installer de plus en plus dans son quotidien, la coupant peu à peu de la réalité.

Un roman sombre, très sombre, et en même temps lumineux, qui m’a profondément bouleversée : s’il y est question des choix et des compromis qu’on fait parfois malgré soi, il y est surtout question d’amour, celui qui nous entraîne dans les gouffres les plus profonds, jusqu’aux confins de la folie — folie qui nous coupe du réel mais qui nous permet, aussi, d’écrire, et celui qui nous sauve, qui nous ramène à la surface. Le roman, très délicat et sensuel, oscille donc sur ce fil ténu, entre la nuit noire et la lumière intense, entre thanatos et eros, la pluie et les larmes et le soleil de l’Italie, malmenant son lecteur mais lui permettant aussi, peut-être, à travers Mathilde, de trouver sa vérité intérieure.

Emotionnellement, ce n’est pas un roman facile, on y pleure souvent pour peu qu’on soit hypersensible ou pas dans une très bonne période, mais on y trouve aussi de belles choses : je conseille sans réserves !

La nuit je mens
Cathy GALLIÈGUE
Albin-Michel, 2017

3 réflexions sur “La nuit je mens, de Cathy Galliègue

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