Romans

Les Attentifs, de Marc Mauguin

Les Attentifs de Marc MauguinWinslow l’avait appelé ainsi la première fois où il était venu : « Le poste de commandement du capitaine Jo ! » Elle avait ri car elle s’était vue, soudain, dans la rotonde que formaient les trois panneaux vitrés lui permettant d’avoir une vision à cent quatre-vingts degrés sur l’extérieur, comme à la proue d’un navire ! Dans une position qui n’avait pas varié — corps penché vers l’avant en appui sur ses bras légèrement repliés, mains posées de part et d’autre d’un guéridon de chêne —, elle pouvait passer des heures entières à observer les arbres du petit bois sur la gauche et, devant elle à perte de vue, les herbes hautes dans la prairie qui s’étendait derrière la maison, repérant la première les visiteurs arrivant par le chemin de terre, à pied ou en voiture.

C’est un exercice classique d’atelier d’écriture, et le principe de la nouvelle collection des éditions Robert Laffont, « les passe-murailles » : écrire à partir d’une image, photographie ou tableau. Le premier à se livrer à l’exercice, Marc Mauguin donne vie aux personnages des tableaux d’Edward Hopper.

Douze tableaux, douze nouvelles qui nous permettent une plongée dans les profondeur de l’âme humaine et de l’Amérique des années 30 à 60. Une femme profondément attachée à sa maison de Cape Code. Une autre qui hérite de son richissime mari. Le marché matrimonial à Cape Code. Une jeune-fille qui ne sort plus de chez elle. Une femme prête à tout pour l’homme qu’elle aime. Un homme qui attend le retour de sa jeune épose. Une femme qui en reconnaît une autre dans le train. Un écrivain qui va mourir. Une femme qui rend visite à sa mère malade. Une station-service. Une femme qui se libère de ses chaînes. Un vieux couple obligé de vivre à l’hôtel.

Nouvelle après nouvelle se construit une ambiance empreinte de mélancolie, celle des moments de vie où tout peut basculer, où parfois elle ne bascule pas et engendre le regret. Des liens se tissent entre toutes ces nouvelles construites en archipel : des lieux, des personnages qui se croisent, reviennent, et l’ensemble apparaît finalement comme un puzzle dont les pièces s’assemblent texte après texte pour faire apparaître l’image finale, celle d’une certaine Amérique où les êtres ne parviennent plus à communiquer. De son écriture sensible, Marc Mauguin parvient à nous faire plonger au cœur de l’essence même des tableaux de Hopper, dont les personnages sortent ici du cadre.

Exercice parfaitement réussi donc. Ce recueil est une petite pépite à découvrir absolument, en particulier pour les amateurs de Hopper !

Les Attentifs
Marc MAUGUIN
Robert Laffont, 2017

8 réflexions sur “Les Attentifs, de Marc Mauguin

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