Elle lit des romans

Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar, d’Antoine Choplin

Tomas KusarTu vois Tomas, j’ai la conviction que la culture peut être un levier. Comme un outil de savoir et de plus grande conscience sur le monde. Mais tu parles que, ça aussi, Husak l’a bien compris. Regarde comme la culture est devenue moribonde, contrôlée, souvent interdite. Ça aussi, je l’ai écrit dans ma lettre et j’ai exprimé le souhait que les choses changent.

Si j’ai souvent entendu parler (en bien) d’Antoine Choplin, je n’avais pas eu jusque-là l’occasion de le lire. Mais voilà, son dernier roman aborde l’histoire de la Tchécoslovaquie/République Tchèque, dont j’ai déjà dit récemment qu’elle était devenue chère à mon coeur, une partie de celui-ci étant restée à Prague… Comment résister ?

Tomas Kusar est un modeste employé des chemins de fer à Trutnov, dans la Tchécoslovaquie communiste. A l’occasion du bal des cheminots est donnée une représentation théâtrale par une troupe de Prague : c’est là que Tomas croise pour la première fois la route de Václav Havel. Et cette rencontre va changer sa vie…

Coup de coeur pour ce roman extraordinaire qui retrace avec brio et une grande maîtrise de la narration la lutte pour les libertés et contre le joug communiste — la peur, la surveillance constante par la police et les traîtres qui se font passer pour des amis. Sans que les dates soient précisées, le roman alterne ellipses de plusieurs années, et moments de la dissidence, jusqu’à la victoire finale et l’élection de Václav Havel. Entre Prague et la campagne Tchèque, entre réel et fiction, se construit l’histoire d’une révolution de velours menée par des écrivains, incarnation d’une conscience nationale en marche…

Figure centrale du roman, Václav Havel est bien évidemment un héros fascinant de par sa volonté, son courage et sa détermination, mais aussi par sa douceur et sa modestie ; cependant l’idée de génie d’Antoine Choplin, c’est de proposer, aux côtés de Havel et des autres intellectuels tchèques, de ces figures historiques connues de tous, le personnage de Tomas, l’humble, attachant et poétique, entraîné comme par hasard dans les soubresauts de l’histoire, mais animé de bout en bout par l’intuition du Juste et tenant l’amitié pour une valeur cardinale.

Hommage à l’engagement, à ces gens qui veulent servir la liberté portés par l’espoir d’un monde meilleur, quitte à consentir à de lourds sacrifices, la prison pour Havel (et le dialogue avec sa femme Olga alors qu’il sait qu’il va bientôt être arrêté est bouleversant) et la perte de ce à quoi il tient pour Tomas, ce roman est aussi une réflexion sur le pouvoir des intellectuels et le rôle de la culture dans la lutte. En ces temps où « intellectuel » est devenu presque une insulte et où les écrivains perdent de leur aura, rappeler qu’ils ont pu parfois dans l’histoire changer les choses ne peut qu’être salutaire…

A lire absolument !

Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar
Antoine CHOPLIN
La fosse aux ours, 2017

Lu par Leiloona

(16 commentaires)

  1. J’ai son roman précédent qui m’attend avant de découvrir celui-ci. Mais tu te doutes, puisqu’il est question d’un pays qui m’est cher aussi que je vais revenir vers ce titre ensuite.

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  2. Prague m’est aussi chère au cœur et je lirai sans aucun doute ce roman. Vaclav Havel a marqué les esprits et est une figure encore importante pour les Pragois. Un portrait de lui était accroché en bonne place dans l’hôtel dans lequel je suis descendue en septembre dernier. Prague est une ville magique qui me fascine encore et toujours.
    (Tu parles de l’entretien qu’il a eu avec sa femme avant d’être arrêté. J’ai dans ma bibliothèque « Les lettres à Olga » où on retrouve une bonne partie de la correspondance avec son épouse lorsqu’il était en prison.)

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  3. Ta mise en scène photo est géniale, elle m’a donné envie de lire ton billet ! (Que j’aurais lu de toute façon ! 😉 ) ! J’ai aussi beaucoup de tendresse pour Prague et Vaclav Havel, et depuis le temps que je note Choplin dans mes carnets, il va bien falloir que je passe à l’acte ! 😉

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      1. Bah oui, faut dire aussi quand les choses sont bien, hein, ça compense de se faire traiter « d’intellectuel(le) » (de gauche bien sûr, les autres on ne les « traite » pas ! 😉 )…

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  4. Tu as tout à fait raison de mettre en exergue l’engagement … Marrant, mon billet était tourné vers l’amitié et toi l’engagement : deux valeurs fortes, oui, de ce très joli roman.

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