Elle lit des romans

Tout ce dont on rêvait, de François Roux

Tout ce dont on rêvait— Je ne lis jamais de romans. Je préfère les enquêtes et les témoignages, dit-elle sur un ton sec.
— Tu as tort, tu sais. Les écrivains ont souvent une grille de lecture du monde beaucoup plus intelligente et beaucoup plus distanciée que les essayistes par exemple. Je ne dis pas ça pour moi, ajouta-t-il avec une mimique qui souhaitait attester son humilité.

Un titre mélancolique, une photographie à première vue pleine de tendresse mais qui, lorsqu’on la regarde de plus près, donne le ton puisqu’elle représente deux personnes qui s’enlacent après les attentats du 13 novembre : on sait d’emblée que ce troisième roman de François Roux ne fera pas dans la dentelle et les bons sentiments.

Dans les années 90, Justine tombe follement amoureuse d’Alex, un dilettante qui n’a aucune intention de s’engager, ni avec elle ni avec une autre. Et c’est finalement Nicolas, le frère d’Alex, qu’elle épouse et avec qui elle a deux enfants. Tout va bien, pendant vingt ans, jusqu’à ce que Nicolas perde son emploi, ce qui entraîne le couple dans une spirale infernale.

Il y a beaucoup de choses dans ce roman où l’auteur mêle les convulsions de l’histoire et de la société à celles du couple et de l’individu. Un état des lieux du monde tel qu’il ne va pas, et dans lequel les gens perdent leurs idéaux, renoncent, ne savent plus qui ils sont. Justine, qui a beaucoup de choses à régler avec les hommes et s’est construite dans la haine de soi. Nicolas, miné par la culpabilité, et dont le personnage permet d’analyser avec lucidité ce que le chômage fait aux gens, non pas seulement économiquement parlant, mais psychologiquement : la dépossession de soi, le sentiment d’inutilité et d’exclusion de la société, la culpabilité de ne pas s’en sortir — et c’est intelligent parce que, de ça, on n’en parle pas assez. Alex, que l’on voit peu mais qui est pourtant essentiel. Et puis Adèle, la fille aînée du couple, qui incarne la jeunesse révoltée et idéaliste, qui essaie de lutter sans compromis pour un monde meilleur. D’autres personnages qui passent, au service du dialogisme du roman, et qui représentent la mosaïque des idéologies.

Dit comme cela, cela pourrait sembler un roman à thèse, plein de bons sentiments voire un peu moralisateur mais ça ne l’est pas : c’est une histoire pleinement ancrée dans notre temps, dans le réel, celui qui broie les individus et les idéaux, celui des attentats aussi, mais c’est aussi, et surtout, une histoire d’amour, celle d’un couple qui doit lutter pour ne pas sombrer, mais aussi l’histoire de deux êtres qui doivent solder leurs comptes avec le passé pour espérer aller de l’avant.

Un roman fort, sans concessions, parfaitement maîtrisé, qui sait rester optimiste sans sombrer dans la naïveté : à découvrir !

Tout ce dont on rêvait
François ROUX
Albin Michel, 2017

(4 commentaires)

  1. Je ne serais pas allée naturellement vers ce roman, peur du sentimentalisme.
    Mais ta dernière phrase ( entre autres) me laisse penser que c’est davantage qu’une histoire d’amour. Alors pourquoi pas

    J'aime

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