Romans

A la place de l’autre, de Guy Rechenmann

Vous devez connaître alors la réflexion de notre Victor Hugo national : « C’est parce que l’intuition est surhumaine qu’il faut la croire ; c’est parce qu’elle est mystérieuse qu’il faut l’écouter ; c’est parce qu’elle semble obscure qu’elle est lumineuse » — Il s’arrête, me regarde de bas en haut. Dites-moi, vous êtes un drôle de gaillard. Vous êtes « légèrement improbable » comme disait je ne sais plus qui. D’abord vous prenez la déposition d’un rêve ou d’un cauchemar, c’est selon et aujourd’hui vous faites encore plus fort car, je me répète, il n’y a ni déposition, ni plainte, ni corps, enfin rien du tout, seulement une illuminée sur une plage, débitant une litanie. Comprenez-moi, Viloc, vous êtes dur à suivre… Vous savez aussi bien que moi que l’onirique est à la police ce que la franchise est à la politique.

Voilà des photos bien estivales pour une lecture hivernale, me direz-vous. Et de fait : j’ai pris ces clichés le 11 août dernier, à la terrasse de L’Escale. Pour une bonne raison : ce matin-là, j’ai pris un café avec Guy Rechenmann et sa femme Catherine, et que j’ai trouvé que vu que le roman se déroulait au Cap-Ferret (et que le personnage principal dîne régulièrement à L’Escale) ça aurait été dommage de louper cette photos. Bref. Comme vous le voyez, j’ai néanmoins attendu quelque temps pour m’y plonger, ce qui était finalement une bonne idée : j’ai pu, en plein mois de décembre, voyager en pensée dans des lieux chers à mon coeur.

C’est une drôle d’enquête qui s’ouvre pour le commissaire Viloc en ce 21 septembre 1992, lorsqu’il découvre, à la Pointe, près d’un blockhaus, une jeune femme visiblement choquée et amnésique, qui ne sait dire que deux choses : qu’elle sait où est son fils, et que c’était le 21… Cette découverte ne va pas tarder à réveiller quelques fantômes endormis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Evidemment, cette lecture a été pour moi comme l’ouverture d’une boîte à souvenirs, et pas seulement parce que des grains de sable s’étaient glissés entre les pages (et se sont retrouvés dans mon lit) (ma maman l’avait lu avant moi, sur les lieux du crimes pour sa part). Anselme Viloc, surnommé « le flic de papier » à cause de sa passion pour les rapports et ses méthodes bien particulières, m’a menée dans des lieux que j’aime et que je connais bien : la Pointe, les cabanes de pêcheurs du Canon, L’Escale où on croise le « vrai » David, le propriétaire, les Blockhaus qui font vraiment partie du paysage et ont d’ailleurs un rôle dans l’histoire ; il m’a aussi menée dans des lieux que je connais mal, le fond de Bassin, Andernos.

Mais si fonctionner pour moi comme une madeleine de Proust était le seul intérêt de ce roman, ça ne vaudrait pas le coup que je vous en parle. Il y a bien plus. C’est un roman policier, certes, et ce n’est pas un genre qui me plaît d’habitude. Or, ici, l’enquête n’a rien de traditionnelle : sans être un simple prétexte, elle nous ramène à l’époque de la Seconde Guerre mondiale et à la construction du Mur de l’Atlantique dont je ne savais pas grand chose finalement, et nous invite dans une complexe histoire de famille dont je ne vous révélerai rien. C’est un peu ésotérique comme j’aime, mâtiné de psychogénéalogie, très drôle et spirituel par moments : un mélange parfait. Viloc a un petit côté San-Antonio très plaisant, mais mon coup de coeur va au personnage de Lily, une petite fille vraiment étonnante.

Bref, un roman qui déborde largement le genre policier et son cadre spatial pourtant cher à mon coeur, et nous montre comment les secrets de famille pourtant profondément enfouis peuvent parfois se réveiller au moment où on ne s’y attend pas. Pour tout le monde donc, et pas seulement pour les amoureux de la Pointe comme moi !

A la place de l’autre
Guy RECHENMANN
Vents Salés, 2016

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