Elle lit des nouvelles

Je regarde passer les chauves, de Sandrine Senes

Je regarde passer les chauvesUne femme très âgée, peau fripée (style pomme cuite comme dirait ma grand-mère), chevelure rouge flamboyante, robe rouge carmin, sac zèbre, robe légère, très fatale, est assise les jambes tellement écartées qu’on aperçoit furtivement une de ses couilles.

C’est dans Ça balance à Paris que j’avais pour la première fois entendu parler de ce petit recueil : c’était le coup de coeur d’un des chroniqueurs (plutôt une des chroniqueuses d’ailleurs si je me souviens bien) (mais le diable si je me rappelle qui exactement). Il m’avait intriguée, car il s’appuie sur une manie typique d’écrivain : regarder les gens et imaginer leur vie. Même si pour ma part je le fais plutôt à la terrasse des cafés.

Sandrine Senes, elle, observe la faune composite du métro. Cela donne des micro-nouvelles, portraits, tranches de vie, où ça et là apparaît un chauve, puisque telle est l’obsession de la narratrice.

Et c’est franchement réussi. En peu de mots, Sandrine Senes parvient à rendre vivants les individus qui ne sont habituellement que des fantômes, à peine croisés, à peine regardés : toute la diversité du métro, ces gens différents, aux vies dissemblables, qui se rencontrent parfois le temps d’un sourire ou de deux mots, ou non. Les amoureux qui s’accrochent l’un à l’autre, les familles de touristes, celui qui hurle dans son téléphone, le vieux couple fâché, les ados bruyants, celui dont on a peur qu’il cache une bombe dans son sac, le papa qui lit une histoire à sa petite fille… Pas toujours politiquement correct, la narratrice laisse la place aux préjugés, dont quoiqu’en disent les bien-pensants nous sommes tous atteints : nous regardons les gens, nous les jugeons par l’apparence (mais comme disait Wilde, il n’y a que les gens superficiels qui ne jugent pas par l’apparence), parfois nous sommes détrompés.

Ce qui est important ici, c’est cette curiosité pour l’autre, même si le premier regard est trompeur. Émerge alors du recueil une véritable poésie du quotidien qui joue sur tous les registres : tour à tour grave et léger, émouvant est drôle, le recueil est à l’image de toutes ces petites scènes qui se jouent à longueur de journées dans le réseau sous-terrain de la ville.

Une belle découverte donc ! Vous ne prendrez plus jamais le métro de la même façon…

Je regarde passer les chauves
Sandrine SENES
Quadrature, 2016

(12 commentaires)

  1. Un bon souvenir! Je l’ai terminé très vite (presque entièrement lu dans les transports publics…) et chroniqué tout dernièrement. C’est vrai que ces petites esquisses des gens du métro sont efficaces.

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