Romans

Venez, vous dont l’oeil étincelle de Jean-Christophe Duchon-Doris

Venez, vous dont l'oeil étincelleLe duc Mauronte, patrice de Marseille, avait toujours aimé les contes. Le bruit en avait vite couru sur les chemins de Gaule et les routes maritimes tout autour de la ville. Dans les tavernes, sur les haubans, aux carrefours des routes, dans le crépitement des branches sèches le soir autour des feux, on s’échangeait l’adresse : là-bas, plus au sud, plus au nord, aux confins de l’ancienne province narbonnaise, dans l’illustre et si vieille cité de Massilia, un homme riche et influent était toujours prêt à ouvrir ses portes et à offrir le gîte et le couvert aux raconteurs d’histoires.

Cela faisait un moment que j’avais envie de découvrir les romans de Jean-Christophe Duchon-Doris, et j’avoue que si j’ai franchi le pas avec celui-ci, le joli titre n’y est pas pour rien.

S’il y a une chose que le duc Mauronte, patrice de Marseille, et sa fille Blanche, aiment, ce sont bien les histoires, et les conteurs venus des quatre coins du monde se pressent dans la cité phocéenne. Or, en ces temps troublés où la ville se retrouve au coeur de la lutte entre les chrétiens de Charles Martel et les Sarrasins, les contes pourraient changer les choses.

Un roman assez étourdissant que celui-là. Plongeant le lecteur au coeur du Marseille du Moyen-Age, ville cosmopolite aux marches de multiples influences et civilisations et traversée de légendes, il la donne à sentir dans toutes ses dimensions : sa chaleur parfois écrasantes, ses couleurs et ses odeurs, les mets, le mistral. On s’y promène avec joie, tout comme on écoute avec joie les récits enchâssés qui se démultiplient comme dans les Contes des Mille et une Nuits ; contes divers, merveilleux ou légendaires et qui témoignent d’une imagination fertile, histoires de guerres, histoires de voyages et de navigation, histoires d’amour où se mêlent l’Orient et l’Occident, le christianisme et l’Islam, et où se sédimentent toutes les influences. Très sensuel, le roman acquiert une dimension presque mythique, et sur ces bords de la Méditerranée plane l’ombre de l’Aède des adèdes, Homère : les histoires, pour peu qu’on les écoute, peuvent changer le cours des choses. C’est aussi un appel à l’ouverture : rappeler que l’histoire est faite d’une multitude d’influences, et que c’est comme ça que l’on se construit !

Un très beau roman hommage aux pouvoirs de la fable !

Venez, vous dont l’oeil étincelle
Jean-Christophe DUCHON-DORIS
Julliard, 2016

7 réflexions sur “Venez, vous dont l’oeil étincelle de Jean-Christophe Duchon-Doris

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