Elle lit des romans

La folle histoire du Picasso que personne n’a jamais vu, de Laurent Flieder

La folle histoire du PicassoOui, pour un homme ordinaire, voir Mara, c’était déjà vivre une aventure. Mais pour un génie ? Eh bien figurez-vous que, pour un génie, c’était pire. C’était un désordre majeur. Un bouleversement. Une révolution. Un cataclysme. Il suffisait de constater, chez le peintre, la soudaine dilatation des pupilles et le saisissement qui le figeait dans une attitude ébaubie. Sans doute ne voyait-il déjà plus. Sans doute était-il déjà en train de la scruter jusqu’à l’ultime degré. Oui, cela ne faisait aucun doute : il la pénétrait, la comprenait, la retournait et la contemplait encore, de l’intérieur.

Moi qui ne lis pas d’histoires policières, j’ai pourtant craqué pour ce roman. Envie d’une lecture un peu légère. C’est la suite d’un autre qui s’intitule La folle histoire de l’urinoir qui déclencha la guerre, mais ne pas l’avoir lu n’est pas gênant du tout.

C’est à l’enterrement d’Apollinaire que Picasso tombe en pâmoison devant Mara Bijou, tenancière d’une maison de passes réputée de Montparnasse, et qui voit passer tout ce que le quartier compte d’artistes. Mara est un petit modèle, à l’image des Ménines de Vélasquez, ce qui donne une idée à Picasso : refaire les Demoiselles d’Avignon à la manière du Maître. Seulement voilà : ce tableau, qui pourrait bien révolutionner l’histoire de la peinture, ne cesse de disparaître, pendant que dans Paris sévit un mystérieux meurtrier aux horloges…

Un roman dans lequel on se sent bien, et qui nous offre une plongée dans ce Paris des années qu’on n’appelle pas encore folles, et le quartier du Montparnasse, bohème et cosmopolite. On y croise, au détour des pages, outre Picasso, les plus grands, dont pour certains les toiles servent à payer une crémière au grand coeur et s’entassent dans une cave, comme Modigliani, ou encore les poètes Aragon, Soupault et Breton. L’ensemble est virevoltant, les personnages hauts en couleur, et la narration oscille entre le burlesque et le loufoque. Mais qu’on ne s’y trompe pas : l’air de rien, le roman parvient aussi à une dimension presque mythologique, pas seulement avec cette toile qui ne cesse de se dérober aux regards ou ce meurtrier aux horloges (motif qui ne peut que me fasciner) ; tout le roman multiplie les références mythologiques et littéraires : sous une histoire palpitante se cache l’opposition d’éros et thanatos, de la guerre et du bordel, du Paradis et de l’Enfer. Et la création qui naît du chaos.

Un très chouette roman donc, et un auteur à qui je ne manquerai pas de m’intéresser dans le futur !

La folle histoire du Picasso que personne n’a jamais vu
Laurent FLIEDER
Lattès, 2016

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