Elle se fait des films

Les Liaisons Dangereuses, de Stephen Frears

Liaisons dangereusesLa honte est comme la douleur : on ne l’éprouve qu’une fois…

Fort logiquement (cela m’arrive, parfois, d’agir logiquement), après avoir revu la version de Forman, j’ai eu envie de me replonger dans l’adaptation de Frears, qui a été faite en même temps et est sortie à peine quelques mois avant.

Pour se venger de son amant, la Marquise de Merteuil charge le Vicomte de Valmont de séduire la jeune Cécile de Volanges, qui, à peine sortie du couvent, doit se marier avec l’amant en question. Mais Valmont refuse d’abord, trouvant l’entreprise beaucoup trop facile pour un artiste de la séduction comme lui, et il a de toute façon une autre proie en vue, la très pieuse Madame de Tourvel.

Délicieusement décadent, le film, très fidèle au roman à quelques coupes narratives près met parfaitement en lumière les enjeux de l’histoire, et notamment la question de la séduction vue comme un véritable art, la chasse plutôt que la prise. Le désir, moteur, s’empare de chaque scène, et on est plongé au coeur du XVIIIe siècle dans ce qu’il a de plus sulfureux, de plus voluptueux, de plus raffiné, de plus pervers, de plus grandiose, de plus cruel aussi, et ce dès les premières images, d’une sensualité insoutenables, et qui mettent en regard la Marquise et le Vicomte en train de se préparer. Le casting est à la hauteur de l’enjeu : Glenn Close en Merteuil vénéneuse, Malkovitch en Valmont charismatique pour qui on vendrait volontiers son âme à qui la voudrait, Uma Thurman en ingénue libertine, Michelle Pfeiffer en innocente persécutée ; Keanu Reeves est un peu le sacrifié, à l’image du personnage de Danceny, qu’on voit finalement peu. Ajoutons à cela des décors grandioses, des costumes sublimes, une musique parfaitement choisie, des scènes à couper le souffle, et on obtient un film dont on ne peut pas se lasser.

Comparaison n’est pas raison, mais il est clair que malgré ses qualités indéniables, la version de Milos Forman peine à se hisser au même niveau. A une exception près : le choix de changer la fin, qui me semble intéressant en ce qu’il supprime ce qui justement me fait tiquer dans le roman, la victoire des bien-pensants prisonniers de leur carcan religieux sur les libertins, qui ont pourtant tellement de panache !

A voir, et à revoir !

Les Liaisons Dangereuses
Stephen FREARS
1988

21 réflexions sur “Les Liaisons Dangereuses, de Stephen Frears

  1. Il est certain que la Marquise de Merteuil ne pouvait triompher dans le roman, la censure morale de l’époque étant intraitable…Mais les lecteurs et les lectrices pouvaient déjà ne pas être dupes de cette fin bien pensante…

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  3. Les libertins dont tu parles sont des pervers pathologiques. Ils ne veulent ni amour, ni sexe, mais destruction des personnalités. Dans le roman, Valmont viole, faut-il te le rappeler, ou ne sais-tu pas ce que c’est ? Les libertins, ce ne sont pas des gens aux plaisirs raffinés et un peu osés, et plus nombreux que les scrogneugneux. Ce sont des gens pour qui la notion de « consentement » n’existe pas. Des pervers, des agresseurs.

    Ce dont le livre ne parle pas, mais qui est lié au libertinage historiquement, c’est la prostitution infantile, et la pédophilie. La plupart des chansons enfantines qui datent de cette époque ont un double sens, ou parfois un seul sens monstrueux. c’est le cas de « ah vous dirais-je Maman », qui raconte l’histoire d’une gamine violée « le cruel avec adresse profita de ma faiblesse » qui hésite à en parler à sa famille, et vit avec l’horreur « son tourment ». Mozart a composé à Paris des variations sur ce thème. Il était en vogue. Je ne dis pas du tout que Mozart était victime. Mais je constate que les enfants chantaient ça sans comprendre les paroles. Quel est l’immonde ordure qui est allé leur mettre ça dans la bouche ?

    La confusion autour du libertinage (libéré de moeurs / criminel) est trop fréquente pour ne pas être relevée vigoureusement. Laclos a composé les Liaisons dangereuses pour que les filles voient ce qu’est un vrai sale type, un serpent absolu, et qu’elles apprennent comment il procède, de façon à ne pas s’y laisser prendre. Résultat : il y a encore des femmes pour déclarer leur amour pour l’infâme sinistre. (ce qui te fait « tiquer », c’est : « la victoire des bien-pensants prisonniers de leur carcan religieux sur les libertins, qui ont pourtant tellement de panache »). Eh bien, ça en dit plus long sur elles que sur le livre (ou le sens du mot panache), et elles pourraient se poser des questions sur les modèles masculins qu’elles ont côtoyés enfants, et auprès desquels elles ont appris à aimer de la façon qui est la leur et qui est sinistre.

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    • Sauf qu’il ne me semble pas que les femmes à l’époque étaient si consentantes que ça non plus lors de leur nuit de noces… Moi ce qui m’intéresse chez les libertins, c’est quand même leur rejet absolu de la morale religieuse, même si certains allaient trop loin dans l’excès inverse…

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      • On n’a jamais dit que les femmes d’autrefois étaient toutes consentantes lors de leur nuit de noces, et c’était probablement l’exception. Ça n’empêchait pas que la notion de viol existait. Ça n’empêche pas le terme libertin d’être utilisé de nos jours sans nuance pour désigner entre autres ceux qui recherchaient exclusivement l’absence de consentement, et parmi eux est Valmont. C’est un violeur. Laclos est parfaitement clair quand il décrit la façon dont il abuse l’héroïne. Elle est inconsciente. Ça n’a rien à voir avec le rejet de la religion ou de la morale qui te plaît tant. En revanche, il est vrai que l’époque était mal armée pour les dénoncer et qu’elle l’a fait dans des termes encombré de fatras religieux. Mais tu peux voir au travers, non ? Entre un paillard jureur et un psychopathe, tu ne fais pas de différence ? Eh bien le terme libertin, lui, continue de ne pas en faire, et c’est ça que je trouve pénible. Bises.

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          • Je ne comprends pas ta réponse, bien brève. Tu te passionnes d’ordinaire pour la cause féminine, et dans le même temps tu acceptes de faire un amalgame entre des bons vivants railleurs et des pervers immondes. Qu’ils aient longtemps été enveloppés sous le même terme de « libertin » n’y change rien, et ne doit pas faire prendre les seconds pour des personnes qui poussaient le même principe trop loin. Ce sont deux principes totalement différents.

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          • Ce n’est pas parce que tes écrits fantasmatiques sont comme ci ou comme ça que la description du libertinage la plus répandue est plus ou moins adaptée à la réalité. C’est comme si les anciens avaient appelé du même nom deux maladies très proches qui n’auraient pas grand’ chose à voir à part de partager des symptômes très superficiels. Il y a autant d’abus à croire les libertins simplement libérés qu’il y en aurait à soutenir encore qu’il n’y a pas de morale ni d’honnêteté hors de l’Eglise. Il faut du discernement.

            L’emploi que tu fais du mot panache est tellement bizarre qu’on peut douter que tu aies à coeur d’éclaircir ce qu’est réellement le libertinage.

            Par ailleurs, confirmerais-tu un peu ce que j’écrivais plus haut ?

            « Il y a encore des femmes pour déclarer leur amour pour l’infâme sinistre. (ce qui te fait « tiquer », c’est : « la victoire des bien-pensants prisonniers de leur carcan religieux sur les libertins, qui ont pourtant tellement de panache »). Eh bien, ça en dit plus long sur elles que sur le livre (ou le sens du mot panache), et elles pourraient se poser des questions sur les modèles masculins qu’elles ont côtoyés enfants, et auprès desquels elles ont appris à aimer de la façon qui est la leur et qui est sinistre. »

            Bises.

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          • Je parle de personnages, pas de personnes réelles. Et tu peux difficilement nier que les personnages de méchants (de manière générale) sont autrement plus complexes et intéressants et profonds que les « gentils » qui sont souvent bêtes à manger du foin, en particulier dans cette oeuvre. D’où le panache. Dans le mal, peut-être, mais panache tout de même. Ils font le mal, mais ils le font bien. Après, concernant le libertinage, c’est une question de degré, simplement, pas de nature…

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  4. Je peux comprendre que les personnages méchants soient dramatiquement plus intéressants, et effectivement, qu’ils mettent en oeuvre dans ce livre des moyens plus impressionnants que ceux qui leur sont opposés. reste que « panache » signifie toute autre chose ; l’exemple le plus célèbre étant chez Rostand pour Cyrano.

    Je comprends encore la distinction entre personnages et personnes réelles, mais la façon dont tu en parles est loin d’être claire. (Surtout pour quelqu’un qui ne voit rien à redire par ailleurs, à ce qu’on donne le nom de personnes réelles à des personnages de fiction).

    Par ailleurs, il est complètement faux de soutenir que le problème avec le terme libertinage (en ce qu’il recouvre et les moeurs libres, et la perversité) est une question de degré et non nature. C’est ignorer ce qu’est la liberté, le consentement, et aussi la perversité. En outre, je m’étonne que tu n’aies pas répondu ça plus tôt dans notre échange si c’est ce que tu pensais, et que tu n’aies pas davantage pris le temps de lire ce que j’en ai écrit plus haut.

    Mais bon, je m’adresse à quelqu’un qui soutenait mordicus un violeur dont une victime, femme de chambre new-yorkaise, présentait des symptômes d’agressions bien réels selon le médecin légiste qui l’a examinée. Ou qui approuvait un « journaliste » moustachu en dépit de la désinformation avérée et infecte à laquelle il se livre. Ou qui n’était pas capable de se défendre efficacement avec un avocat (voir le billet d’Eolas) face à une marchande de pizza teigneuse. Je veux dire que tu te trompes beaucoup sur de vrais méchants bien réels, que tu ne comprends pas tellement comme va le monde, et qu’à ce jeu tu finis trop souvent victime de tes préjugés. Et, à la limite, le fait d’écrire ici et non sur un forum, pourrait être encore interprété comme un moyen de rester dans tes idées douillettes et fuyant la contradiction sur des points qui te touchent particulièrement. Je dis : si tu n’es pas capable de déceler les signes qui distinguent un pervers d’un homme plein de panache, tu risques et de blesser des gens qui ne sont pas méchants, et de te jeter au cou d’insensibles dans le meilleur des cas, ou destructeurs, dont tu ne saurais pas te débrouiller sans souffrir fort. Je ne connais pas ta vie et ça ne me regarde pas, mais demande-toi sincèrement si je me trompe beaucoup. Si j’ai quand même un peu raison, wake up !

    Bises.

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      • Ici même, à la veille d’un forum sur la presse auquel il était invité et en lien avec tes activités d’enseignante, j’avais rappelé certains de ses méfaits, et tu as tout caviardé en hâte.

        C’est exactement comme si à la veille d’un forum sur les droits des femmes tu avais censuré les rappels de prêches infâmes de l’un des invités très barbu, très bas du front…

        Pour moi, ça veut dire que tu as bon fond, mais que tu ne vois pas bien les problèmes. Et ça commence en acceptant des mots inadaptés.

        Bises.

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