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Les neuf premières vies de Pandora, de Renaud Santa Maria

PandoraImpassible, le félin d’appartement l’observait d’un regard mystérieux et accusateur. Le temps paraissait suspendu. A croire que ce silence imposait se voulait être la continuité de la conversation qu’il venait d’avoir avec Lionel. Et que, par sorcellerie, Pandora orchestrait. A moins qu’elle ne fut soudain la réincarnation « chat » de Tomás de Torquemada, jadis officier zélé de l’Inquisition…

Même si je n’en ai pas (pour une fois je suis raisonnable : mon style de vie n’est pas compatible avec l’adoption d’un animal de compagnie), j’adore les chats, et j’ai grandi avec des chats. Le premier, je l’avais eu pour Noël, lorsque j’avais une dizaine d’années. Bref, l’idée d’un recueil de nouvelle prenant pour principe l’adage bien connu que les chats ont 9 vies et réincarnant l’un d’eux à différents moments de l’histoire me plaisait beaucoup.

Dix nouvelles donc dans lesquelles la chatte Pandora, comme un fil conducteur, apparaît, présence discrète et pourtant essentielle. Les amoureux Clara et Augustin dans le Paris occupé. Dans le Paris d’aujourd’hui, un autre Augustin se demande s’il acceptera de revoir une autre Clara qui l’a quitté. Un personnage mystérieux s’adresse à Basquiat. Antonin pense qu’il va mourir. Un Kamikaze. Une nouvelle Clara quitte un nouvel Augustin après 5 ans d’amours tumultueuses. L’assaut du Chemin des Dames. Une femme s’adresse à l’homme qu’elle a aimé et qui est mort. Deux amis inséparables discutent à la terrasse d’un café. Un père s’adresse à sa fille qui vient de naître. Le recueil se clôt sur une sélection de poèmes.

Si l’ensemble est difficile à résumer, c’est parce que souvent les nouvelles reposent sur un effet de chute qui empêche toute narration précise au risque de trop en dire : c’est le cas, notamment, de « l’emmuré », qui est l’une de mes deux préférées : on ne comprend pas, et puis tout s’éclaire, alors on relit, cette fois avec un autre regard. D’autres nouvelles sont plutôt dans la tranche de vie, moment de basculement, ou de doute. La mort est omniprésente, guettant chacun ; mais l’amour aussi, l’amour vrai, l’amour pur. On rit parfois (ou en tout cas on sourit), d’autres fois on est ému. La dernière nouvelle, dans laquelle le narrateur/auteur s’adresse à sa petite fille, est absolument magnifique !

Et Pandora ? Elle est l’ange-gardien, le totem, la conscience aussi parfois, de tous ces êtres qui l’entourent. Il y a quelque chose de magique en elle, et si ses apparitions sont rares, elles sont pourtant essentielles. Elle est, en quelque sorte, la féminité qui sauvera le monde. Ce n’est pas pour rien qu’elle porte le nom de la première femme dans la mythologie grecque.

Un très joli recueil, original et magnifiquement écrit, qui nous offre finalement un beau regard sur le monde, plein d’optimisme et d’espoir !

Les neuf premières vies de Pandora
Renaud SANTA MARIA
Belfond, 2016

4 réflexions sur “Les neuf premières vies de Pandora, de Renaud Santa Maria

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