Elle écrit

Je me souviens…

je me souviensExercice classique d’atelier d’écriture, que je donne souvent et auquel j’aime aussi me livrer régulièrement, surtout en cas de blocage car il permet, l’air de rien, de faire émerger des idées qui, en se carambolant, peuvent donner de nouvelles choses. C’est fascinant lorsque, juste en écrivant « je me souviens », les souvenirs les plus divers remontent à la surface. Drôles, tragiques, anecdotiques ou importants, très anciens ou plus récents, très privés ou collectifs. Cela forme une mosaïque du plus grand intérêt. Enfin, je trouve.

Je me souviens de la cérémonie de clôture des JO de Séoul.

Je me souviens du mariage du Prince Andrew avec Sarah Fergusson. Je me souviens de Léon Zitrone commentant la couleur de la robe, « ivoire », et d’avoir compris qu’elle était en ivoire.

Je me souviens m’être enfuie de chez mes grands-parents quand j’avais 3 ans. Je me revois courir sur le bord de la route, d’une dame qui me demandait qui j’étais, et d’être finalement retrouvée par mon oncle.

Je me souviens que lorsque nous rentrions à la maison le dimanche soir, mon père m’installait sur ses genoux au volant pour faire les derniers mètres.

Je me souviens avoir détesté les beignets à la fleur d’acacia la seule fois où j’en ai mangé.

Je me souviens d’un coulant au chocolat et caramel au beurre salé, le meilleur de ma vie. Je crois que c’était rue de Charonne.

Je me souviens du jour où je suis allée visiter l’école maternelle.

Je me souviens que, petite, je confondais « éventail » et « épouvantail ».

Je me souviens avoir passé des heures à inventer des histoires aux personnages de ma citrouille magique.

Je me souviens qu’à une époque, je voulais devenir vétérinaire.

Je me souviens avoir fait un peu de danse classique.

Je me souviens, mais très vaguement, de la chute du mur de Berlin.

Je me souviens des petits textes érotiques mettant en scène nos professeurs que nous écrivions en cours, ma copine et moi.

Je me souviens du jour où je me suis trompée d’heure et suis sortie de l’école à la récréation de 10h, pressée que j’étais de passer prendre ma main collante à la boulangerie.

Je me souviens de mon plus gros mensonge.

Je me souviens de ma grosse silhouette de Winnie l’ourson en carton.

Je me souviens de ma première boum dans le garage d’une copine, et de la longue robe noir à fleurs que je portais ce jour-là. Les boutons n’arrêtaient pas de se défaire.

Je me souviens de la première histoire que j’ai écrite. C’était un début de roman, ça s’appelait je crois « la jeune fille au pair ». J’avais à peine 10 ans.

Je me souviens du cochon d’Inde Trottie.

Je me souviens de mon premier concert, Plastic Bertrand, sur la place du marché au Cap-Ferret.

Je me souviens de la mort d’Ayrton Senna. C’était un dimanche 1er mai, il faisait beau et j’avais cueilli du muguet, je ne regardais pas du tout la course mais j’ai allumé la télévision à ce moment-là, mue par une intuition bizarre…

Je me souviens du prix de la fondation Varenne que nous avions gagné avec le journal du collège.

Je me souviens de l’atelier théâtre et combien je me sentais à l’aise sur scène.

Je me souviens du jour où un vague oncle m’a prise pour un petit garçon. J’ai pris ça comme une insulte et j’ai beaucoup pleuré.

Je me souviens de ma « meilleure amie » d’enfance et d’adolescence, et me demande encore aujourd’hui combien j’ai pu accepter cette relation toxique aussi longtemps… 

Je me souviens d’un pique-nique dans les dunes.

Je me souviens qu’à la maternelle, j’étais amoureuse de Jérôme.

Je me souviens de l’igloo que nous avions construit dans la cour de l’école primaire, un hiver glacial.

Je me souviens d’une mise en scène formidable de la Cantatrice chauve, des coulisses de la Limousine et des répétitions de la Machine Infernale.

Je me souviens de Bouillon de culture, mais pas d’Apostrophes.

Je me souviens que le samedi soir, je regardais Disney Chanel dans le lit de mes parents.

Je me souviens des histoires que ma maman me lisait quand j’étais petite, et qu’ensuite avec les images je les réinventais.

Je me souviens des épisodes que j’ajoutais à mes séries préférées.

Je me souviens que j’étais abonnée à l’Ecole des Loisirs.

Je me souviens de la marmotte qui met le chocolat dans le papier d’allu, et de Maurice qui pousse le bouchon un peu trop loin.

Je me souviens être montée sur le dos d’un éléphant la seule fois de ma vie où je suis allée au cirque.

Je me souviens d’Hollyday on ice.

Je me souviens de la pièce de théâtre mythologique écrite et jouée avec des amis à l’école primaire. Je jouais Aphrodite et P. qui jouait Athéna a tiré trop fort sur ma tunique qui s’est dégrafée, et je m’étais retrouvée en petite culotte devant toute la classe.

Je me souviens des sorties avec mon grand-père.

Je me souviens des beignets à la pomme que ma grand-mère m’achetais toutes les semaines à la boulangerie.

Je me souviens de l’enterrement de François Mitterrand à la télévision, dans le foyer des élèves au lycée.

Je me souviens du passage de la flamme olympique. J’avais même failli être sélectionnée pour courir à côté mais j’étais trop nulle en sport.

Je me souviens des blagues que l’on faisait à mon prof d’anglais au collège.

Je me souviens du petit ami russe d’une de mes copines de lycée, qui m’avait très bizarrement prise dans ses bras dans le train lors d’une sortie scolaire.

Je me souviens de mon ballon sauteur et de ma voiture à pédales.

En relisant tout ça, je trouve que certaines constantes se dessinent. L’émergence d’une sorte de destin, peut-être…

(16 commentaires)

  1. C’est cet exercice que Brigitte Smadja, écrivain pour la jeunesse, a donné à mes éleves pour commencer un atelier d’écriture l’année dernière. Elle leur a ensuite demandé de réécrire le texte à la troisième personne. Je crois qu’il y avait une contrainte également, raconter un souvenir bleu, puis après c’était une autre couleur. Et ça a effectivement bien fonctionné. Je m’étais moi aussi pliée à l’exercice avec enthousiasme.

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  2. Je crois qu’on se souvient tous de notre premier béguin. Il s’appelait Yannick. Un beau brun. Il était un peu plus vieux que moi et les sentiments n’étaient pas réciproque. Je me demande à quoi il peut ressembler aujourd’hui…

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  3. Punaise, Plastic Bertrand…moi je crois me souvenir de Patrick Sébastien ou peut être Michel Sardou pour mon premier concert !
    Et si tu nous faisais la même chose mais avec  » Je ne veux pas me souvenir  » ??

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