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Maurice Sachs à l’Herne

Maurice SachsCe cahier, on le comprend, n’a pas l’ambition de rétablir je ne sais quelle injustice. Même si Maurice fut davantage ce personnage issu d’un roman picaresque du XVIIIe siècle que le grand écrivain que toute sa vie brève il rêva d’être. Davantage ? Peut-être pas. Sans doute faut-il dire les deux : un personnage et un écrivain, dont on n’a pas fini de se demander lequel, au vrai, préexistait, lequel inventa l’autre.

On ne lit plus Maurice Sachs. A dire vrai, son nom même est tombé dans l’oubli. Je plaide coupable d’ailleurs : je ne crois pas que j’en avais entendu parler auparavant. Ou alors en passant. Il faut dire que non seulement sa bibliographie est assez réduite, mais qu’en outre il se traîne une réputation assez sulfureuse. Plus que louche, révoltante : aventurier, demi-mondain, escroc, on pourrait lui pardonner ; collaborateur engagé volontaire au STO, traître livrant les Résistants, c’est plus difficile. Il a mal fini : la Gestapo finit par l’arrêter et il est envoyé au camp de concentration de Fuhlsbüttel ; lors de l’évacuation du camp, un SS le tue d’une balle dans la nuque, sur une route. De quoi forger une légende, mais celle-ci a vite été oubliée.

Pourtant, en cette rentrée littéraire, les éditions de l’Herne sortent Sachs de son Enfer. Pas pour réhabiliter l’homme, ni même l’écrivain, mais montrer qu’il mérite, peut-être, que l’on s’intéresse à lui. Au programme : un cahier et deux œuvres de Sachs, dont un inédit.

Le Cahier, à lire sans doute avant de se plonger dans l’oeuvre elle-même, permet de faire le point sur l’importance de Sachs, témoin essentiel de la vie artistique et littéraire du Paris de l’entre-deux-guerres. Il fut « l’ami » de Cocteau, de Gide, de Max Jacob, de Violette Leduc, et il hante toute l’oeuvre de Patrick Modiano. Le cahier multiplie les points de vue, positifs ou négatifs. Des articles de fond, des témoignages, des analyses, des extraits, des lettres… tout cela éclairant aussi bien l’homme, et l’oeuvre. Comme tous les cahiers, c’est d’une grande richesse, et cela donne envie de se pencher plus avant sur son oeuvre.

Plongeons-nous ensuite dans l’inédit que constitue le Mémoire Moral. Un texte autobiographique commencé en 1934 et achevé à l’été 36, et qui constitue une première version, peu aboutie, de ce qui deviendra le livre majeur de Sachs, Le Sabbat. C’est assez saisissant : nulle complaisance dans cet autoportrait, Sachs ne s’aime pas, et cela se voit. Malgré ce que l’on sait de la suite, on est presque pris de pitié pour cet être qui se pense l’objet d’une malédiction.

Enfin, Derrière Cinq Barreaux a été rédigé en prison, entre novembre 1943 et avril 1945, puis publié chez Gallimard en 1952, mais jamais réédité depuis. Ce sont des fragments, pensées éparses, un peu bizarres, mais l’ensemble est plutôt intéressant dans l’ensemble.

Bref, il n’est pas vain de s’intéresser à Sachs aujourd’hui. Au contraire, figure énigmatique et insaisissable, il ferait un bon héros de roman. Surtout, il serait dommage de passer à côté d’un homme qui, plus par sa vie que par son oeuvre (que je n’ai pas trouvé éblouissante littérairement) il est vrai, a marqué la vie artistique de l’entre-deux guerres — et a tellement d’importance pour Modiano.

Maurice Sachs
Sous la direction de Henri RACZYMOW
Cahiers de l’Herne n°115, 2016

Mémoire Moral
Maurice SACHS
L’Herne, 2016

Derrière Cinq Barreaux
Maurice SACHS
Gallimard, 1952 (L’Herne, 2016)

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